Pétra : la mystérieuse cité perdue aux mille et un secrets

InTerreCo pose un regard neuf sur les hauts lieux touristiques du monde. Les membres du collectif ambitionnent de questionner leurs impacts sur les territoires qui les hébergent, en termes d’attractivité et d’identité culturelle, voire de retombées socio-économiques et environnementales. Eu égard à cette ambition, quoi de mieux que d’étudier les 7 Merveilles du Monde Moderne sur une série de 7 articles ?! Pour ce mois d’avril, InTerreCo vous fait voyager vers une nouvelle destination : la Jordanie, à la rencontre de Pétra, une cité antique mystérieuse à l’héritage culturel sans pareil.  

Pétra, une cité mythique fascinante, à l’héritage culturel unique 

Pétra a connu l’influence de plusieurs peuples et civilisations, entre autres : nabatéenne, romaine, byzantine et celle des croisées.

L’influence Nabatéenne 

Cité Troglodyte construite au sein même de la roche et située dans l’actuelle Jordanie, Pétra porte en elle une histoire singulière. Oubliée durant des siècles, elle est redécouverte au 19ᵉ siècle par un jeune explorateur suisse, Johann Ludwig Burckhardt le 22 août 1812. Son emplacement géographique stratégique faisait d’elle une plaque tournante du commerce de la route de l’encens. En effet, le commerce a été une des clés de grandeur de la cité vermeille. La route commerciale reliait l’Inde à l’Égypte, en passant par le Yémen, lieu où l’encens voyageait jusqu’à Pétra, puis vers Gaza et Damas.

La construction de Pétra fut amorcée au cours du 8ᵉ siècle avant J-C, mais c’est à partir du 6ᵉ siècle avant J-C que cette cité connaîtra un véritable essor avec l’arrivée du peuple nabatéen. Ce peuple de marchands nomades d’Arabie vit en Pétra un site naturel au potentiel inestimable. Ainsi, ils en firent une des capitales majeure du commerce de produits rares : « les cavaliers y transportèrent des épices provenant de l’Inde, de l’encens provenant d’Arabie, de la soie provenant de la Chine, ou encore de la myrrhe. Leur prouesse logistique résidait dans le fait que ces produits transitaient par des déserts ardents et des montagnes aux hauteurs vertigineuses ». 

Grâce à leur statut d’intermédiaires commerciaux et à leur connaissance de cette route qui se veut hasardeuse, les nabatéens ont pu acquérir de nombreuses richesses et faire prospérer leur cité. Ils furent l’une des tribus arabes les plus riches, ayant un contrôle absolu d’un vaste territoire regroupant la Jordanie, le nord-ouest de l’actuel Arabie Saoudite et le sud de la Syrie. La richesse de la population se voit ainsi ostensiblement affichée sous la forme d’immenses façades creusées à même la roche de grès, pouvant atteindre les 50 mètres de hauteur et 40 mètres de largeur. Ce peuple y construisit, au cours du 1er siècle avant J-C, de nombreux monuments tels que le tombeau d’Al-Khazneh qui signifie “trésor” en langue Arabe.

L’influence Romaine

Au cours du 1er siècle avant JC, les romains vont fortement s’intéresser au Proche-Orient. Ils vont ainsi coloniser la région et créer la province romaine de Syrie en 64 avant J-C. Gouverneur de cette toute nouvelle province, Pompé va lancer une offensive à l’encontre du peuple nabatéen et de Pétra. Elle se soldera par un échec due à une forte résistance des nabatéens qui conservent ainsi l’indépendance de leur royaume.

Au fil des années, la puissance militaire romaine se voit renforcer dans la région. Toutefois, ne pouvant toujours faire face militairement aux nabatéens, les romains décidèrent de fragiliser leur économie en déplaçant les nombreuses routes caravanières. Au cours de l’an 106, l’Empire Romain décida à nouveau d’envahir et d’annexer le royaume nabatéen sous le règne de l’empereur Trajan. Cette conquête marque la fin de la domination nabatéenne sur cette province, alors renommée Arabia Petraea et ayant pour capitale Pétra.

A la suite de son incorporation à l’Empire Romain, Pétra connaît un nouvel élan dans de nombreux domaines tels que le commerce avec la création de la nouvelle « Via Nova Traiana » entre Bosra et Aqaba. Sur le plan architectural, la cité prospère grâce aux codes architecturaux classiques des villes romaines et à la construction de plusieurs bâtiments : un Cardo à colonnade, un théâtre, un forum ou encore des termes. Néanmoins, l’ouverture des voies maritimes à l’époque romaine a eu des incidences sur le flux commercial de la cité. Elle a conduit à la déviance des flux commerciaux de Pétra vers la mer et a entraîné une crise économique qui fut fatale à la cité. 

L’influence Byzantine

Sous la domination Byzantine, Pétra regagne son statut de capitale de province (Palestine Salutaris) et retrouve sa gloire perdue. Elle est également sujette à de grands aménagements tels que la transformation du tombeau à l’Urne en Église en l’an 446 après J-C. La vie économique et sociale est également bouleversée avec une économie tournée vers l’exploitation agricole du territoire et non plus vers l’élevage et le commerce caravanier. Sur le plan culturel, on assiste à une arabisation de la culture avec l’arabe qui devient au fil du temps une langue vernaculaire.  

Rappelons qu’au cours de la conquête islamique, Pétra perd de son importance et devient un simple village. En 363, un fort séisme secoua la cité vermeille et la détruisit en grande partie. Pétra étant en fort déclin, cette catastrophe naturelle conduisit au départ de nombreux habitants.

L’influence des Croisés

Au Moyen Âge, Pétra intéressait grandement les Croisés au vu de sa position géographique stratégique. En effet, suite à la prise de Jérusalem en 1099, les Croisés décident d’ériger une ligne de bastions du nord jusqu’au sud, à l’Est du royaume latin de Jérusalem. Ce qui a renforcé leur intérêt pour la cité.

Conquise par Saladin en 1189 après J-C, Pétra est laissée à l’abandon à la fin des croisades. Dès lors, la ville se voit désertée et seuls quelques bergers y résident encore. Ainsi, comme bon nombre de civilisations et de lieux, la cité tomba dans l’oubli durant de nombreux siècles.

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Une merveille d’architecture et d’ingéniosité 

C’est au cours de l’année 1812 qu’un jeune explorateur suisse, Jean Louis Burckhardt, redécouvre au hasard cette cité disparue depuis des siècles. Initialement partie pour découvrir la source du Niger, cet explorateur et orientaliste s’installe au Moyen-Orient afin de parfaire sa connaissance de la langue ainsi que de la culture arabe. Au cours de son voyage, il se fait passer pour un marchand indien musulman, sous le nom d’Ibrahim ibn Abdullah. Son épopée le conduit à la découverte d’une façade sculptée à même la pierre, au cœur d’une cité en ruine. La nouvelle va rapidement se répandre, dans un premier temps en Europe, puis dans le monde entier. Cette découverte marque une nouvelle ère de prospérité pour Pétra jusqu’à son statut actuel de merveille du monde. 

La cité antique de Pétra compte près de 680 monuments à caractère culturel. Ces monuments participent au modelage de l’espace urbain. Ces vestiges peuvent être de nature religieuses (sanctuaires), mais également funéraires (tombeaux) ou encore domestiques comme des chambres (Nehmé, 1997).

L’un des principaux monuments de cette cité antique est le Sîq, un canyon sinueux et étroit d’1,2 Km, qui forme à lui seul l’entrée de la cité antique de Pétra. Autrefois pavé, il est possible d’y observer un système de canalisation ingénieux qui fut élaboré au temps du peuple nabatéen afin d’y recueillir les ruissellements de l’eau de pluie et de les rediriger vers les citernes. Aussi, un groupe de pierre y est visible, les djinns, qui abritaient les esprits gardiens de la cité ainsi que la tombe des obélisques. Au nombre de 4, ils sont sculptés dans la roche rocailleuse afin d’y honorer 4 divinités. À dos de chameau, à cheval ou encore à pied, cette gorge bordée de majestueuses falaises livre de magnifiques paysages où différentes nuances d’ocre, de rouge et de rose dansent selon la lumière du jour. Autrefois, ce passage était considéré comme l’une des principales voies sacrées de la région. Le wadi Moussa s’y écoulait jusqu’à sa déviation après la crue meurtrière de 1963. 

Le Khazneh (Trésor) apparaît au sortir du Siq. Il est le monument le plus célèbre des tombeaux de la cité de Pétra et est taillé à même la roche et ornementé dans le style hellénistique. Ce temple abrite la sépulture du roi, probablement celle du roi Arétas IV, mort en 40. Dans la culture bédouine, “Khazneh” signifie “Trésor du Pharaon”. La légende raconte que l’urne aurait caché un grand trésor d’une valeur inestimable. Les impacts de balles visibles témoignent des tentatives de pillages qui ont eu lieu à son encontre. Néanmoins, le monument contribue à alimenter le mystère autour de la cité car la date et les raisons de sa construction restent encore aujourd’hui sans réponses. 

Le monument « Le mur des rois », est un ensemble de tombes royales sculptées au cœur même de la roche et dotées de motifs d’une grande finesse. Ces cinq tombeaux furent érigés à la mémoire de dignitaires nabatéens. On retrouve entre autres : le « Tombeau de l’urne”, le “Tombeau Corinthien”, le “Tombeau de Sextus Florentinus”, la “Tombe de Soie” et la “Tombe Palais”. 

Le théâtre Nabatéen fut érigé au 1er siècle après J-C et fut par la suite agrandi par les Romains. Entre 3000 et 8500 personnes pouvaient s’y rendre afin d’assister à des combats de gladiateurs, de fauves ou encore à des pantomimes, accompagnés de chants et de danses. Ces vestiges furent exhumés en 1960.

Le Cardos Maximus, ou la rue en colonnade offre la possibilité d’admirer de nombreux vestiges tels que ceux du nymphée (fontaine publique), du Palais-royal, de la tour byzantine, la Porte de Temenos ou encore le temple du Qasr al Bint.

Le Qasr Al Bint, “le château de la fille du Pharaon”, est le vestige le mieux conservé de la cité antique de Pétra. Ce sanctuaire, qui domine le cœur de la ville, est l’œuvre des Nabatéens qui fut utilisée à des fins sacrificielles. Par la suite, il a subi des évolutions, notamment lors de la conquête romaine (Augé, 2005).

Au sein des hauteurs de la cité de Pétra, se trouve l’El Deir (Monastère), l’un des plus grands monuments de la cité qui mesure 45 mètres de long et 42 mètres de hauteur. Ce temple fut érigé au cours du IIᵉ siècle après J-C et était à l’origine un lieu de culte ou de pèlerinage. Il fut par la suite transformé en monastère lorsqu’au IV siècle après J-C le christianisme se diffuse dans l’ensemble de l’empire. 

Le haut lieu du sacrifice se situe au sommet de la montagne Atouf Ridge. Ce lieu de culte était, sous l’époque des Nabatéens, destiné aux rituels religieux et sacrificiels donnés en l’honneur des dieux. Il est possible d’y observer deux autels : l’un destiné aux sacrifices animaliers et l’autre aux offrandes. 

Une cité archéologique d’une grande ingéniosité 

Situé au cœur des montagnes, au sein d’un environnement hostile, Pétra offre un bénéfice considérable pour l’époque. En effet, sa localisation au sein même d’une cuvette en fait un amphithéâtre naturel qui va ainsi protéger les habitants de potentiels ennemis désireux d’attaquer la cité.

Cette disposition naturelle permet également de récupérer une majeure partie de l’eau de pluie. Bien que les précipitations soient peu nombreuses, elles sont fortement condensées au cours d’une période allant de novembre à avril, qui peuvent parfois être d’une grande violence. Le peu de perméabilité de la roche ainsi que le ruissellement sont des facteurs majeurs qui, grâce à un système ingénieux, permettent la captation et le stockage de l’eau. Par l’élaboration d’un système de canalisation qui va être creusé au cœur de la roche, les dispositifs vont permettre de récupérer l’eau et d’alimenter de nombreuses citernes et bassins présents au sein de la cité de Pétra. 

Les wadis, présents aux alentours de Pétra, vont permettre de couvrir en grande partie les besoins de la cité en eau. De nouveau grâce à la création de systèmes ingénieux, ils permettent l’acheminement de l’eau ainsi que son stockage. Ces systèmes ont permis également au peuple nabatéen de cultiver des céréales, des fruits ou encore du coton au cœur même du désert. 

La maîtrise de ces ressources permet aux Nabatéens de construire de nombreux bassins et fontaines en plein cœur du désert. Des bains, inspirés des thermes romaines, sont également construits au cours du 1er siècle après J-C. Avant l’influence des romains, Pétra a pu grandement bénéficier du savoir-faire des ouvriers, des artisans ainsi que des riches habitants d’Alexandrie qui avaient fui les troupes romaines. Cette influence est perceptible à travers l’architecture de nombreux bâtiments.

Le tourisme en Jordanie : un secteur florissant en proie à de nombreux maux

Grâce à de nombreux acteurs tels que des historiens, des archéologues et des membres de la population locale, Pétra est aujourd’hui ouverte aux visiteurs. La création du « Petra Tourism Development Project » en 1978, a donné un nouvel élan aux travaux archéologiques. L’engouement pour cette cité est tel qu’elle est classée au Patrimoine mondiale de l’UNESCO en 1985 et est nommée comme l’une des 7 Merveilles du Monde Moderne en 2007. Ce lieu fut grandement popularisé en 1989 par les films Indiana Jones et la Dernière Croisade. 

Un secteur fortement dépendant du contexte géopolitique

Selon Alrwajfah et al. (2020), le développement touristique à une véritable influence sur l’économie du pays d’accueil. Cela va contribuer à la création de nouveaux emplois, de restaurants et des services d’hébergement, à l’émergence de nouvelles opportunités d’investissements ou encore à l’amélioration de la qualité de vie des habitants. Toutefois, ces effets positifs dépendent de la capacité des différents acteurs à co-créer de la valeur (Agbokanzo, 2019).

Les chercheurs soulignent aussi que ce développement économique est lié à la fréquentation touristique, même s’ils mettent en garde contre les effets pervers d’une trop forte fréquentation. Ce sont près de 5 millions de visiteurs par an qui se rendent sur le site de Pétra afin de découvrir ce patrimoine culturel d’exception. Depuis 2009, les six communautés qui entourent la cité de Pétra sont gérées par l’Autorité régionale de développement et de tourisme de Pétra (PDTRA). Près de 200 guides et 1 500 propriétaires de chevaux et de chameaux s’évertuent chaque jour à conduire les touristes au sein de cette merveilleuse cité de la Jordanie. 

Par ailleurs, le tourisme représente une ressource importante pour le royaume de Jordanie avec un poids dans le PIB fluctuant entre 10 et 14%. Ce secteur emploie environ 100 000 personnes. Précisons toutefois que ces chiffres fluctuent grandement selon le contexte géopolitique du Moyen-Orient. En effet, bien que le pays connaisse la paix depuis plusieurs années, des conflits dans les pays voisins viennent perturber la stabilité régionale (exemple : Israël, Palestine, Syrie, etc.). Pour conséquences, les touristes font ainsi un certain amalgame et ont tendance, dès lors, à boycotter le pays. 

Un secteur souvent décrié par la population locale

En Jordanie, le manque d’eau est une problématique omniprésente. Les terres cultivables représentent moins de la moitié du territoire. Aussi, l’inflation économique est extrêmement forte et le taux de chômage avoisine les 20%. Ainsi, certains investissements dans le secteur touristique et notamment son aménagement au sein du territoire, sont souvent associés à l’imprudence étatique. 

Selon Alrwajfah et al. (2020), après dix années d’autonomie, les résidents persistent à avoir une vision plutôt négative des avantages procurées par le tourisme. L’explication se trouve dans la répartition inégale des avantages économiques entre tous les résidents ainsi que le manque d’une planification touristique efficace. Selon Prigent (2012), la présence d’un patrimoine mondial peut engendrer une déformation de la structure économique locale. Le succès touristique de ces lieux peut avoir pour conséquence d’entraîner un phénomène inflationniste. L’activité locale est fortement associée à la présence du site patrimonial ainsi que ses effets économiques. Cela va contribuer parfois à déstabiliser la population confrontée à des codes de valeurs qui leurs sont étrangers ou encore à de nouvelles inégalités sociales et spatiales.  

Il existe également une pression exercée sur les ressources naturelles et une production trop importante des déchets. Le système de collecte, de tri ainsi que de recyclage des déchets est fortement critiqué car quasi inexistant. Au-delà de Pétra, nombreux sont les lieux touristiques qui sont sujet à la pollution par des amas de plastique qui jonchent le sol.

Ainsi, cette cité caravanière souffre de nombreux maux tels que la présence de très nombreux visiteurs ou encore de multiples dégradations dues à l’érosion et à l’action de l’eau. Dans l’optique de lutter contre ce fléau, les responsables du département des Antiquités ont fait appel à l’UNESCO afin de les aider au lancement de divers projets qui ont pour but de concevoir un projet d’étude multidisciplinaire en faveur de la cité, ainsi que la réalisation d’un laboratoire spécialisé. Dès 1993, un projet “Parc naturel et archéologie de Pétra” a été lancé afin de valoriser, de sauver et de gérer dans une logique durable et solidaire, pour le présent et le futur un des sites les plus grandioses de l’Antiquité (Bouchenaki, 1996).  

De nos jours, la cité antique de Pétra reste encore un mystère qui n’a pas livré tous ses secrets. Ce lieu demeure une source de fascination pour de nombreux d’archéologues et fait aujourd’hui encore l’objet de fouilles archéologiques approfondies. Depuis sa redécouverte au XIXème siècle, Pétra est devenue en quelques siècles un site touristique majeur du royaume de Jordanie. Néanmoins, le gouvernement doit faire face à diverses problématiques concernant l’environnement et la dégradation du site. Aussi, les problèmes d’alimentation en eau engendrés par le tourisme de masse, se révèlent également être problématique. Pour autant, l’inscription de la cité antique au Patrimoine mondiale de l’Unesco a permis à la ville de bénéficier de nombreuses subventions et d’actions de l’institution afin de préserver ce site historique. De plus, le pays a souffert du printemps arabe de 2011 et souffre aujourd’hui encore des conflits des pays voisins provoquant une diminution du tourisme dans la région du Proche-Orient, y compris en Jordanie où des révoltes internes sont inexistantes. 

BIBLIOGRAPHIE

Agbokanzo K. S. (2019) Dynamiques de contruction de l’image d’une destination touristique et leurs influences sur la participation à la création de valeur : une application à la destination Blois Chambord – Val de Loire Thèse de Doctorat en Sciences de Gestion de l’Université de Tours.

Alrwajfah M. M., Almeida-García F. et Cortés-Macías R. (2020) Females’ perspectives on tourism’s impact and their employment in the sector : The case of Petra, Jordan Tourism Management (78) DOI : 10.1016/j.tourman.2019.104069.

Augé C. (2005) Nouvelles recherches autour du Qasr Al Bint à Pétra (Jordanie) Revue Archéologique (1) : 186-192. Retrieved February 6, 2021.

Bouchenaki M. (1996a) Action de l’UNESCO en faveur de la préservation du patrimoine culturel de l’Antiquité Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France 1994(1) : 76‑86. 

Nehmé L. (1997) L’espace cultuel de Pétra à l’époque nabatéenne Topoi. Orient-Occident 7(2) : 1023-1067. 

Prigent L. (2012) Le patrimoine mondial est-il un mirage économique ? Tourisme et patrimoine mondial 30(2) : 6‑16.

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Le Machu Picchu : le prodige architectural de l’empire Inca

InTerreCo pose un regard neuf sur les hauts lieux touristiques du monde. Les membres du collectif ambitionnent de questionner leurs impacts sur les territoires qui les hébergent, en termes d’attractivité et d’identité culturelle, voire de retombées socio-économiques et environnementales. Eu égard à cette ambition, quoi de mieux que d’étudier les 7 Merveilles du Monde Moderne sur une série de 7 articles ?! En ce mois de décembre, la troisième Merveille du Monde mise à l’honneur est le Machu Picchu. Ainsi, après l’Inde et la Chine, c’est au Pérou, sur le continent américain, que nous partons découvrir l’un des 7 sites d’exception du monde contemporain.

Le Machu Picchu : le plus grand héritage oublié de la civilisation Inca

Héritage oublié de la civilisation Inca, ce site d’envergure internationale est considéré comme un « joyau perdu » qui est réapparu dans le patrimoine mondial au 20ème siècle…

Une cité perdue retrouvée

Révélé aux yeux du monde en 1911, par l’archéologue américain Hiram BINGHAM, ce chef-d’oeuvre architectural a intégré la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1983. Dans la langue Quechua, « Macchu » signifie vieille et « Picchu » symbolise le sommet de la montagne. Ainsi, le Machu Picchu constitue l’héritage le plus remarquable de la civilisation inca. Il apparaît comme une œuvre artistique et architecturale singulière, unique en son genre et d’une ingéniosité sans pareille en matière d’aménagement du territoire à l’échelle mondiale. L’enchâssement du site archéologique à son environnement naturel est la preuve d’une possible coexistence harmonieuse et d’une grande beauté entre l’homme et la nature (Luciano P., 2011).

Un monument géographiquement singulier

Reconnue aux yeux de tous pour être dotée de valeurs culturelles et naturelles d’une grande rareté, cette ancienne forteresse culmine à près de 2 430 mètres d’altitude et s’étend sur plus de 32 000 hectares de pentes montagneuses, de vallées ainsi que de pics, encerclant “La Ciudadela”, monument prodigieux, composant le cœur du site archéologique.

Ce chef-d’œuvre d’architecture s’harmonise de manière singulière avec son environnement naturel auquel il est profondément lié, avec cette particularité qui étonne les visiteurs : le plus spectaculaire est invisible car 50 à 60% de l’ingéniosité architecturale de cette merveille est souterraine.

Un édifice à l’image de la puissance de l’empire Inca

À la fois centre religieux, cérémoniel mais également astronomique et agricole, il fut construit sous la civilisation Inca, au cours du XVᵉ siècle. Ce fut l’empereur Inca Pachacutec, un des plus éminents dirigeants du Tahuantinsuyo, qui découvrit ce lieu suite à une campagne militaire. La beauté du lieu et sa singularité topographique, le rendant stratégiquement facile à défendre, séduisirent l’empereur. La ville-citadelle fut érigée entre 1483 et 1471. Ainsi, de nombreux archéologues crurent que la vocation première du site fut défensive et militaire. 

A cette époque, l’empire Inca connaissait une véritable période de prospérité. Certains archéologues affirment que le site du Machu Picchu fut construit en l’honneur de la victoire des Incas sur le peuple Chancas. Ses lignes imposantes devaient le distinguer des édifices des cités avoisinantes. Son prestige attira les Incas qui vinrent s’y installer en nombre.

Une résidence de la royauté impériale

Le Machu Picchu fut aussi utilisé comme une résidence royale, lieu de repos pour l’empereur et sa famille “panaka”. Dans la culture Inca, chaque nouvel empereur se devait de construire ses propres demeures. Il était impensable pour eux de s’installer dans des demeures édifiées par l’un de leurs prédécesseurs au risque de cotoyer leurs esprits qui continueraient à y circuler. C’était également un moyen de fuir la pression politique de la capitale.

Un symbole de puissance économique 

Ce site archéologique peut, selon de nombreux archéologues, se diviser en 2 grandes parties : La première zone destinée à l’agriculture. Centre économique d’une grande importance pour le peuple Inca, les paysans entretenaient des champs artificiels afin de nourrir l’intégralité de la population. Néanmoins, le climat régional n’était aucunement propice à la culture. Afin de retenir l’eau, le peuple inca a élaboré un système hydrique d’une grande ingéniosité pour l’époque (Wright K. R., Kelly J. M. et Zegarra A. V., 1997). Aux terrasses, s’apparentant à des escaliers, furent intégrées des galeries de filtrages. Ainsi, la couche de fond était constituée de roche, celle intermédiaire de sables et la couche supérieure de terre arable. Sans ce procédé ingénieux, les inondations auraient emporté l’intégralité des cultures.

Selon l’altitude et le climat, les champs recevaient la cola, la pomme de terre, les haricots, du maïs ou encore le coton. Tout près du site, se trouvait la capitale de l’empire Inca, Cuzco, permettant l’acheminement permanent de produits, sans aucune nécessité de stockage. Le Machu Picchu constituait à lui seul l’entrepôt agricole de la région.

Un centre urbain dynamique

Poumon économique, le Machu Picchu était aussi un centre urbain et religieux d’une grande importance, qui constituaient la seconde zone du sanctuaire. Composé de plus de 200 constructions et édifié sur une crête escarpée, cette zone était divisée en deux parties distinctes : la haute ville (Hanan) et la basse ville (hurin).

Les édifices furent bâtis selon une technique de maçonnerie remarquable pour l’époque. Ils étaient le résultat d’un travail de précision de grande envergure, montés entièrement à la main. Pour preuve, la présence de magnifiques temples, à l’architecture travaillée en pierres polies : le Temple du Soleil, le Temple de la lune ou encore le Temple du Condor. Ces monuments sont capables de résister aux séismes, fréquents dans la région. De par la proximité des roches, elles retrouvent de manière naturelle leur place initiale après une éventuelle secousse.

Un édifice d’une ingéniosité sans précédents

L’ingéniosité dont a fait preuve le peuple inca à travers l’utilisation d’une technologie éprouvée ainsi que l’attention portée au processus de construction des structures du sanctuaire, ont permis à ce dernier de traverser les siècles (Cuadra C., Sato Y., Tokeshi J., Kanno H., Ogawa J., Karkee M. B. et Rojas, J., 2005). Si lors de sa construction, les fondations n’avaient pas été le fruit d’une réflexion profonde, les glissements de terrain ainsi que les tremblements auraient emporté le sanctuaire depuis longtemps (Petroski H., 2009).

Une ville sacralisée

Des études plus approfondies ont affirmé que la cité était également un lieu de culte avec des espaces dédiés. Certains archéologues et anthropologues ont affirmé que ce sanctuaire est lié au Divin. Le choix du lieu, au sommet d’une montagne, symboliserait la volonté des Incas d’affirmer leur suprématie en se de se rapprochant du Soleil. Le lieu est ceint par la rivière sacrée Urubamba et circonscrit par les sommets de la Cordillère des Andes. Dans la culture inca, le soleil est une divinité, les montagnes sont source de vénération et l’eau est sacralisée. Nombreuses sont les constructions présentes au sein de la ville qui s’alignent sur le soleil selon la période de l’année.

L’Intihuatana, l’autel dédié au Soleil, l’un des monuments les plus connus du Machu Picchu, signifie “le lieu où s’attache le soleil”. Il est présent au sommet du site archéologique et est le parfait exemple de cette relation à la divinité. Il a été longtemps affirmé que le site abritait les “Nustas” qui étaient des vierges mariées au soleil et qui consacraient l’intégralité de leur existence au culte d’Inti, le Soleil. 

Les montagnes situées aux alentours, bien plus hautes, vont avoir cette capacité de contrôler la météo et par conséquent, la fertilité de la terre et des animaux. Ces dernières revêtent le rôle de protectrices et de divinités de la guerre pour les peuples vivants auprès d’elles et les vénérant. D’autres édifices sont dirigés vers ces dernières, où l’âme de ceux qui sont partis est censée reposer.

Une cité perdue à la fin de la civilisation Inca

En 1531, l’empire Inca s’effondre. Les conquistadors espagnols, dotés d’armes à feu et de chevaux terrifient les populations locales. Lors de leur arrivée, une guerre civile a éclaté suite à la haine des peuples locaux à l’encontre des Incas. L’empire se retrouve dès lors en proie à une guerre de succession. Il ne faudra que peu d’efforts aux conquistadors, désireux d’acquérir les vastes richesses présentes au sein de la cité, pour le conquérir. Résistants pendant de nombreuses années, les habitants fuirent progressivement la cité pour retourner vivre dans leur village d’origine. En 1532, le dernier empereur Inca, Atahualpa, fut assassiné par l’Espagnol Pizzaron, mettant ainsi un terme à la civilisation Inca.

Le Machu Picchu : un monument national…

… Au service du tourisme

Le tourisme a généré une économie locale florissante. Il n’était pas rare d’y voir de nombreuses entreprises familiales telles que des restaurants, des auberges ou encore des artisans ou des commerçants vendant de la céramique, du textile ou encore des souvenirs en réponse à la consommation touristique (Luciano, P; 2011). Chaque année, ce sont près de 1 500 000 visiteurs qui viennent découvrir la cité perdue, faisant de ce site archéologique, la première attraction touristique du pays. En 1965, l’État péruvien a conçu le “Plan Turístico y Cultural de la Comisión Especial (plan COPESCO), en coopération avec l’UNESCO afin de restaurer les ruines archéologiques.

Aujourd’hui, la région de Cuzco n’est plus uniquement reconnue comme symbole par l’UNESCO pour la singularité de ses caractéristiques culturelles et naturelles ainsi que de ses sites reconnus au rang de patrimoine mondial. Cette région est devenue un centre touristique accueillant des milliers, voire des millions de visiteurs, provenant majoritairement des régions d’Europe et du Nord de l’Amérique.

De nombreux autochtones quechuas sont encore aujourd’hui présents dans les zones rurales et vivent dans les hautes altitudes des Andes. Les touristes apprécient grandement leur présence et les associent, bien souvent, à la représentation la plus pure du peuple Inca. C’est ainsi que naquit une stratégie de marketing ethnique, mise en place par de nombreuses agences de voyages “Ils sont des descendants directs du peuple Inca, alors n’oubliez pas que ce sont leurs ancêtres qui ont bâti les nombreuses merveilles qui sont à l’origine de votre appétence pour le Pérou”   (Arellano A., 2011).

Néanmoins, le tourisme de masse a un impact négatif sur le site qu’il détériore et fragilise.

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et en proie à la menace environnementale

En matière environnementale, de nombreuses inquiétudes ont émergé face aux pillages, à la collecte de bois et de plantes à destination de la vente ou encore à cause de la mauvaise gestion des déchets ou au braconnage, amenant à la destruction silencieuse d’un écosystème tout entier. La pollution de l’eau, causée par les déchets de l’urbanisation et par les produits agrochimiques qui sont déversés dans l’Urubamba, contribue à alimenter progressivement la disparition de l’environnement.

Les solutions apportées par l’État Péruvien

Au cours de l’année 1981, le gouvernement péruvien, par l’intermédiaire de l’Institut National des Ressources Naturelles (INRENA) a déclaré de manière officielle que le sanctuaire du Machu Picchu était un site naturel et archéologique protégé (Arellano A., 2011).

Le sanctuaire est aujourd’hui placé sous l’autorité de l’État péruvien et intégré au réseau national des aires protégé du pays. Une juridiction a été établie afin de le protéger. En 1999, l’Unité de gestion du Sanctuaire historique de Machu Picchu (UGM) a été conçue afin de mettre en application des stratégies de gestion du site.

L’État péruvien a également instauré de nombreuses mesures afin de préserver cet héritage du passé. Ainsi, le gouvernement a cherché à réguler le flux de touristes : chaque jour, le nombre de visiteurs est limité à 2 500 personnes. Néanmoins, ce chiffre n’est pas immuable et il se peut que, dans un avenir proche, il soit revu à la baisse. Les autorités ont aussi instauré un système de tranches (matin, midi, après-midi), qui couvre chacune, trois heures, évitant ainsi une trop grande masse de tourisme.

Un mystère qui n’a pas encore livré tous ses secrets […]

Après la conquête espagnole, le Machu Picchu fut oublié pendant de nombreux siècles. Sa découverte, en 1911, l’a remis sur le devant de la scène international, faisant de ce monument une des merveilles architecturales et d’ingéniosité unique au monde. Malgré de nombreuses recherches, le Machu Picchu reste un mystère qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

Bibliographie

Arellano, A. (2011). Tourism in poor regions and social inclusion : the porters of the Inca Trail to Machu Picchu. World Leisure Journal, 53(2), 104‑118. 

Cuadra, C., Sato, Y., Tokeshi, J., Kanno, H., Ogawa, J., Karkee, M. B., & Rojas, J. (2005). Evaluation of the dynamic characteristics of typical Inca heritage structures in Machupicchu. WIT Transactions on The Built Environment, 83.

Luciano, P. (2011). Where are the Edges of a Protected Area? Political Dispossession in Machu Picchu, Peru. Conservation and Society, 9(1), 35-41. 

Petroski, H. (2009). Engineering: Machu Picchu. American Scientist, 97(1), 15-19. Retrieved. 

Wright, K. R., Kelly, J. M., & Zegarra, A. V. (1997). Machu Picchu : Ancient Hydraulic Engineering. Journal of Hydraulic Engineering, 123(10), 838‑843. 

InTerreCo Grande muraille de Chine

La Grande Muraille de Chine : une Œuvre architecturale d’ingéniosité

InTerreCo pose un regard neuf sur les hauts lieux touristiques du monde. Les membres du collectif ambitionnent de questionner leurs impacts sur les territoires qui les hébergent, en termes d’attractivité et d’identité culturelle, voire de retombées socio-économiques et environnementales. Eu égard à cette ambition, quoi de mieux que d’étudier les 7 Merveilles du Monde Moderne sur une série de 7 articles ?! Pour le mois d’octobre, la seconde destination de notre périple des 7 Merveilles du Monde Moderne est la Chine ! Après avoir débuté notre voyage en Inde, à la découverte du Taj Mahal, nous allons aujourd’hui découvrir une autre merveille architecturale et d’ingéniosité : la Grande muraille de Chine.

La Grande muraille de Chine : héritage d’une prouesse stratégique militaire ingénieuse

La Grande Muraille de Chine fut élue, au cours dans l’année 2007, parmi l’une des 7 Merveilles du Monde Moderne. Mais dès 1987, elle avait fait son entrée dans le cercle très fermé des chefs-d’œuvre de l’humanité en étant classée au patrimoine mondial de L’Unesco. À l’image d’un dragon dominant montagnes, déserts, vallées et plateaux, ce monument impressionnant s’étend aujourd’hui de l’Est à l’Ouest, sur plus de 20 000 kilomètres. Cet édifice est aujourd’hui considéré comme le plus long mur au monde. 

Vidéo N°1

Véritable prouesse architecturale, la Grande Muraille de Chine est avant tout un exploit stratégique défensif unique au monde, datant d’une période aujourd’hui révolue. Dans sa conception, elle a été imaginée comme un système militaire d’une grande habilité destiné, dans un premier temps, à défendre l’empire (Ganster, P., & Lorey, D. E, 2004), comportant une multitude d’éléments stratégiques tels que des tours de guet, des forteresses ou encore des tours d’alarmes. 

Sa construction, débutée au IIIᵉ siècle avant J-C sous la dynastie Ming, s’est poursuivie jusqu’au XVIIᵉ siècle après J-C. Au cours de ces deux millénaires, la Grande Muraille a subi de nombreuses transformations : reconstruite à plusieurs reprises, et de manière plus élaborée, grâce aux découvertes de nouvelles techniques d’édification. D’une hauteur de 7.8 mètres en moyenne, elle peut atteindre 14 mètres à certains endroits. 

Ce chef-d’œuvre est le reflet des conflits et des échanges entre la civilisation nomade et agricole présente au sein de l’empire du Milieu. Durant des siècles, elle a symbolisé la puissance militaire et défensive du pays. Sans compter que tout cela illustre une ingéniosité architecturale, technologique ainsi que celles des arts militaires. 

L’édification de la Grande Muraille de Chine défie … l’espace et le temps

Construite en tant que fortification pour les états Zhao, Qin et Yan, elle fut par la suite étendue et rénovée durant des siècles. L’édification de la Grande Muraille traversa l’espace et le temps, les différentes provinces (Qinghai, Gansu, Shaanxi, Hebei, Shandong, Liaoning, Ningxia, Mongolie intérieure, Pékin) ainsi que les dynasties et les royaumes qui se succédèrent en Chine. Au départ indépendantes, les différentes parties de la muraille furent unifiées, sous l’empereur Qin Shi Huang. Elle constituait un moyen défensif de repousser la menace ennemie que représentaient les Huns. Sous la dynastie Han, la muraille fit l’objet d’extension afin de protéger la route de la Soie, débouché économique de premier plan pour le pays. 

D’une main d’œuvre hétérogène ….

On sait peu de choses sur les méthodes employées pour la construction. La Grande Muraille est probablement l’œuvre des soldats, des paysans et des prisonniers qui furent employés comme main d’œuvre pour bâtir ce joyau d’ingéniosité. En complément de la population rurale, des rebelles et des prisonniers politiques ont été mis à contribution.

Et de matériaux divers et variés. 

A l’image de la diversité des régions qu’elle traverse, la Grande Muraille de Chine a été construite à l’aide d’une grande diversité de matériaux : des pierres, de la terre, du sable ou encore des briques. 

Un monument aux valeurs universelles mis au service du rayonnement territorial 

La Chine s’érige au second rang des pays ayant le plus de sites inscrits au patrimoine Mondial de l’UNESCO, après l’Italie. C’est ainsi que l’empire du milieu compte une cinquantaine de sites détenant le label et soumis à une politique de préservation du patrimoine. Il est évident que le pays détient un fort et puissant héritage culturel et de somptueux paysages. Parmi la multitude de sites culturels, certains sont connus universellement comme le Palais d’été ou encore celui qui nous intéresse, la Grande Muraille de Chine (Meyer C, 2018).

La Grande Muraille  de Chine : un vecteur de la diffusion culturelle

Aujourd’hui encore, ce monument est un marqueur culturel au sein même du pays et à l’international. Il est considéré comme l’une des fiertés nationales du pays, symbole de toute une nation (O. Arifon, 2012). Pour preuve, il est présent dans le premier couplet de l’hymne national chinois. Ce chef-d’œuvre architectural est l’incarnation même de la puissance culturelle et militaire de la Chine. 

Devenu le site touristique le plus important en Chine, il témoigne de la capacité de la nation à préserver son patrimoine ainsi que son ouverture au monde. La Grande Muraille de Chine est une source d’inspiration dans divers domaines culturels tels que la peinture, la poésie ou le cinéma.

Un monument à forte portée symbolique 

Ce chef-d’œuvre d’ingénierie fut, au cours des siècles, associé à la mythologie et au symbolisme du pays. Elle est à l’image du peuple chinois, de sa clairvoyance, de  son courage et de sa persévérance. Sa présence rappelle aussi les nombreux sacrifices et la souffrance d’innombrables familles qui furent séparées, d’ouvriers qui périrent au cours de son édification et qui furent enterrés au pied des fondations. Elle est aussi le symbole de l’unification de tout un pays autour d’une cause commune Paradoxalement, elle revêt la volonté de toute une nation de se protéger du reste du monde et de préserver sa propre culture.

Un chef-d’œuvre au cœur de la culture populaire

La Grande Muraille inspira de nombreuses légendes, faisant aujourd’hui partie intégrante du folklore national. Une des légendes les plus célèbres est celle de Meng Jiangnu qui fit s’écrouler une partie du mur à la force de ses larmes, tant son chagrin fut grand suite au décès de son époux.

Une autre légende des plus connues est celle  Xifengkou : « un homme, au cours de la dynastie Qin, fut envoyé loin des siens pour contribuer à la construction du mur. L’hiver arrivant, le père du jeune homme, surpris que ce dernier ne revienne pas, partit à sa recherche. Durant le trajet, ils se croisèrent sur la colline Songtime. Heureux de se retrouver, ils rirent jusqu’à en mourir. C’est ainsi que le lieu où ils reposent a été renommé Xifengkou (passage du pic du bonheur) ».

Autre que ces légendes, ce chef-d’œuvre inspira de nombreux poètes au cours des siècles. Dans l’un des poèmes les plus connus, le président Mao a décrit ce chef-d’œuvre par ces mots : “ jusqu’à ce que vous atteigniez la Grande Muraille, vous n’êtes pas un héros” – symbole à ses yeux de la capacité à surmonter les difficultés avant d’atteindre les objectifs.

Aussi, la culture populaire qui entoure la Grande Muraille s’est développée grâce à la production de billets de banque et de pièces de monnaie, mais également de timbre.

La Grande Muraille de Chine face au tourisme

Il est important de savoir que le tourisme est une conséquence de l’inscription de nombreux sites en tant que patrimoine mondial de l’Unesco, causé par leur importance naturelle et culturelle. Ainsi, on leur reconnait une valeur de préservation et une valeur universelle au niveau mondiale, par la mise en lumière du site et par la stimulation qu’il engendre. Ainsi, le statut de patrimoine mondial va être considéré comme une marque (un label), garantissant une attractivité régionale, une expérience visiteur unique qui ne cesse d’en attirer de nouveaux et insufflant une fierté nationale (SU, MM & Wall, G, 2014).

En Chine, la Grande Muraille fut l’un des premiers sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987. En quelques années, elle est devenue la principale attraction touristique de l’empire du Milieu, voire de l’Asie tout entière. Chaque année, on note entre 15 et 16 millions de personnes qui visitent ce bijou d’ingéniosité militaire.

Au vu de cet engouement flagrant, le gouvernement chinois a décidé de mener des politiques de restauration de la Muraille. Néanmoins, les aménagements touristiques qui ont été conçus se sont très vite transformés en une menace pour la structure du monument. Il est important de savoir que la préservation du patrimoine et le développement  touristique sont deux concepts qui peuvent se caractériser par une symbiose mais également des tensions (Su, MM & Wall, G, 2014).

Un monument qui tend à disparaitre au fil des ans

Construit il y a près de deux millénaires, la Grande Muraille de Chine n’est aujourd’hui plus visible à son état originel. Selon une étude rendue publique par le gouvernement chinois, 30% de la Muraille a disparu, soit plus de 2000 km. Cela serait les conséquences des  nombreuses dégradations naturelles et humaines subi par le monument. 

Entre les années 60 et 80, nombreux sont les pillages qui ont eu lieu. Certains habitants qui résidaient tout au long du mur, faisaient usage des pierres de la muraille pour bâtir leur propre habitation. De par leur pauvreté, les pierres représentaient la seule matière première disponible et peu chère à leur portée. Par ailleurs, ces pillages se sont produits au cours d’une période bien particulière, la révolution culturelle, ou l’État chinois avait déclaré la nécessité de se débarrasser de toute trace du passé. La période de prospérité qui s’en est suivi a mis un terme à ces pillages. Toutefois, un fléau aussi inquiétant que le premier a émergé : les collectionneurs ou les amateurs de la muraille peuvent se procurer des pierres pour une valeur pécuniaire bien plus faible que leur valeur symbolique sur le marché noir. 

D’autre part, de nos jours, le tourisme devient une nouvelle menace pour la préservation du monument. En piétinant les pierres et en prélevant certaines directement de la structure, cela n’a fait qu’accélérer sa dégradation. Ainsi, c’est une part de l’histoire qui n’est plus visible à l’Homme d’aujourd’hui. Nombreuses sont les parties qui sont manquantes et qui appartenaient à des dynasties antérieures, à jamais disparues. 

Une réponse radicale de l’État chinois

L’ANPC (Administration National du Patrimoine Culturelle) a mené une campagne afin de lutter contre les dégradations criminelles réalisées à l’encontre de la Grande Muraille. Cette dernière a pour finalité de réaliser des inspections aléatoires et régulières de la muraille par les autorités. L’organisme a également mis en place une ligne téléphonique à destination des citoyens afin que ces derniers les informent du moindre acte de vandalisme. 

De surcroît, une législations a été instaurée afin de contribuer à la préservation de ce monument par le gouvernement chinois. Chacune des composantes de la muraille ont été classées comme des sites protégés par le gouvernement Chinois, par la loi de la République Populaire de Chine sur la protection des reliques culturelles. Promulguées au cours de l’année 2006, des réglementations relatives à la protection et à la préservation de la Grande Muraille de Chine,  constituent à elles seules un document destiné à la gestion et à la conservation du bien. À savoir qu’une série de plans de conservation de la Grande Muraille, soumise à de constantes améliorations et se voit étendue, va couvrir de nombreux niveaux. Des fonds sont également recueillis et des mesures de restauration et d’entretiens sont de vigueur. 

La Grande Muraille de Chine est à l’image de l’histoire de sa nation. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987, elle est devenue un monument aux valeurs universelles, reconnaissable de tous et connue à travers le monde. Elle a permis à la Chine de diffuser sa culture par l’intermédiaire des arts, que ce soit la peinture, la poésie ou encore son folklore. Aujourd’hui, comme beaucoup d’autres monuments à travers le monde, elle subit le contrecoup de sa notoriété et des politiques touristiques mis en place : elle dépérit d’année en année, perdant peu à peu des pans entiers de son histoire. Face à ce constat, l’État chinois a pris un ensemble de mesures destinées à préserver la valeur symbolique de ce monument, qui constitue le cœur de son patrimoine culturel.

Bibliographie

Arifon, O. (2012). Chine : de la muraille à Internet, permanence du contrôle étatique. Hermès, La Revue, 63(2), 160-164.

Ganster, P., & Lorey, D. E. (Eds.). (2004). Borders and border politics in a globalizing world. Rowman & Littlefield Publishers.

Meyer, C. (2018). L’Occident face à la renaissance de la Chine : défis économiques, géopolitiques et culturels. Odile Jacob.

Su, MM et Wall, G. (2014). Participation communautaire au tourisme sur un site du patrimoine mondial : la Grande Muraille de Mutianyu, Pékin, Chine. Journal international de recherche touristique, 16 (2), 146-156.

 

InTerreCo : Taj Mahal

Le Taj Mahal : un joyau architectural au service d’un territoire

InTerreCo pose un regard neuf sur les hauts lieux touristiques du monde. Les membres du collectif ambitionnent de questionner leurs impacts sur les territoires qui les hébergent, en termes d’attractivité et d’identité culturelle, voire de retombées socio-économiques et environnementales. Eu égard à cette ambition, quoi de mieux que d’étudier les 7 Merveilles du Monde Moderne sur une série de 7 articles ?! Fidèle à notre ligne directrice sur les « territoires interconnectés », nous vous amenons à ouvrir une nouvelle fenêtre sur les beautés du monde à travers les 5 continents. La première étape de ce périple vous conduit à la découverte de la merveille phare de l’Inde : le Taj Mahal !

Jadis, les Grecs furent à l’origine de la création d’une liste regroupant 7 Merveilles du Monde, présentes initialement aux alentours de la méditerranée Orientale. Elles furent pour eux, considérées comme une ode à la beauté ainsi qu’à la culture qui leur avait donnée vie (Barbier, 1995). Néanmoins, au fil des siècles, 6 de ces 7 Merveilles du monde Antique disparurent, ne laissant plus que l’unique possibilité d’admirer l’ultime survivante : la Pyramide de Khéops, en Égypte. Face à cela, ont été nommé au cours de l’année 2007, 7 nouvelles « Merveilles du Monde » des temps Modernes1, incluant le Taj Mahal.

Un patrimoine national aux valeurs universelles 

En 1983, le Taj Mahal, aussi appelé “Palais de la Couronne” en Perse, rejoint la liste du patrimoine mondiale de l’UNESCO. Cette dernière a pour ambition de préserver un monument aux valeurs universelles et uniques. Cette inscription va ainsi représenter un véritable enjeu économique pour le territoire indien, devenant un vecteur de visibilité internationale. Grâce à cela, le “monument de l’amour” comme le surnomme les locaux, voit sa notoriété franchir les frontières du pays. Il devient par la même occasion un véritable outil de développement territoriale, dynamisant de nombreux domaines annexes tels que le commerce, l’urbanisme, etc.

Cette visibilité internationale va s’accroître encore plus en 2007 avec l’organisation d’un vote prestigieux à l’échelle planétaire. En effet, la New Seven Wonder Foundation a soumis au vote du public une liste de 21 sites et bâtiments présents à travers les 5 continents. C’est ainsi que ce joyau Indo-Islamique fut érigé au rang de l’une des 7 merveilles du monde Moderne. Véritable symbole de richesse et d’ingéniosité, sa singularité repose sur la rencontre entre le style architectural ottoman, islamique, iranien et indien. Ce chef-d’œuvre se voit ainsi doté d’une puissance culturelle sans pareille, semblable à nul autre.

 

Une ode à l’amour éternel 

Le Taj Mahal se situe au sein de la ville d’Agra (dans l’État de l’Uttar Pradesh), au bord de la rivière Yumanâ, affluent du Gange. Ce dernier est considéré dans la religion hindoue comme le purificateur des âmes. C’est ainsi qu’entre 1632 et 1648, le mausolée fut construit sous les ordres de l’empereur Moghol, Shah Jahan, à la mémoire de celle que l’on surnommait la “Merveille du Palais”, Mumtâz Mahal. Elle fut sa troisième femme mais perdit la vie en mettant au monde son 14ᵉ enfant. Lui vouant un amour inconditionnel, il décida de lui construire une tombe où elle pourrait reposer en paix éternellement.

Image N°8

Une merveille d’architecture aux innombrables symboles

Par la construction de ce monument d’exception, l’empereur Shah Jahan aspirait à faire du Taj Mahal la plus proche représentation du paradis sur Terre. C’est pourquoi, afin d’en faire le chef-d’œuvre architectural actuel, il vit les choses en grands : il fit appel à 9 des meilleurs architectes de l’époque, venu des 4 coins du monde et à plus de 20 000 ouvriers qui travaillèrent sur ce projet de grande envergure. Des matériaux provenant de toutes les régions de l’Inde et du reste du continent asiatique furent utilisés. Plus d’une vingtaine de pierres ornementales et fines vinrent composer le monument et y furent incrustées.

Vêtu entièrement de marbre blanc, il est le symbole de la lumière et des édifices de perles présentes au Paradis dans le Coran. Quel que soit le moment au cours de la journée, le monument se révèle comme une perle de lumière. De plus, la couleur blanche renvoie à l’amour pur que portait l’empereur à sa femme. Le complexe, d’une taille vertigineuse, est organisé en trois grandes parties : La première est la cour intérieure, appelée également Jilaukhana (« Porche de maison »). Elle est assimilable à une antichambre faisant allusion au passage entre le monde terrestre (la vie séculière) représenté par la ville et le Paradis sur terre (la vie spirituelle) évoqué par les jardins. Ces derniers, d’ailleurs, constituent la seconde grande partie du site.  Également appelés Chahar Bagh, ils représentent le Paradis, où là, y règne la perfection. Cette partie est divisée en 4 sous-parties, elles-mêmes segmentées en 4 autres par le même nombre de plans d’eau. Le chiffre 4 est omniprésent dans la conception architecturale du site : il fait allusion aux 4 rivières du Paradis évoquées dans la religion islamique. Pour finir, la troisième grande partie est celle qui revêt un aspect porté sur le sacré, se composant du mausolée blanc, de la mosquée ainsi que du pavillon destiné aux invités, appelé Jawab, réplique parfaite de la seconde.

À l’époque déjà, le Taj Mahal était d’une grande ambition, symbole d’une volonté de surpasser les merveilles du monde qui préexistaient avant sa construction. Son architecture, poussée à la perfection dans son exactitude et sa symétrie, contribua à le rendre célèbre au fil des siècles.

Vidéo 1 

Un atout au service du rayonnement culturel de l’Inde

L’acquisition du sceau de l’UNESCO a une véritable portée au niveau touristique et culturelle (Barbier, 1995). Aujourd’hui, les pays du monde entier, dont l’Inde, cherchent à préserver les manifestations visibles de leur héritage passé. Ainsi, ce label constitue un moyen de lutter contre la disparition de leur édifie au cours du temps. Lorsqu’un pays inscrit un monument sur cette liste, cela contribue à satisfaire à leur fierté nationale et devient un argument touristique de poids (Barbier 1995).  Aujourd’hui, la gestion du Taj Mahal est sous l’autorité de l’Archaeological Survey of India. Néanmoins, au vu de son inscription au sein de la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, l’Inde se doit de parvenir à atteindre un certain nombre d’objectifs définis par la commission. Ces derniers ont pour fin de protéger le monument qui fait dès lors partie intégrante du patrimoine mondial de l’humanité et non plus d’un seul et unique pays (Barbier, 1995).

Tous les moyens sont mis en œuvre afin de préserver ce monument. Des centaines de milliers de dollars ont ainsi été dépensés par l’Inde afin de procéder à sa protection et à sa préservation. Afin de rassembler les ressources nécessaires, le tourisme est systématiquement promu. Il va également avoir pour conséquence de dynamiser l’activité locale. C’est ainsi qu’en 2002, la première campagne touristique dite offensive « Incrédible India ! » fut développée afin d’établir toute une stratégie de marque autour de l’Inde (Goreau-Ponceaud, 2019). Ces campagnes sont un moyen pour le gouvernement Indien de véhiculer les représentations et les perceptions de ce patrimoine qu’est le Taj Mahal par la création de récits nationaux, approuvés par l’industrie du tourisme puis diffusés par les médias nationaux (Goreau-Ponceaud, 2019).

Chaque année, ce monument historique attire des millions de visiteurs, dont 90 % sont des touristes locaux. Rien qu’en 2019, c’est 10 millions de touristes qui sont venus admirer ce monument magistral. Le tourisme domestique est un véritable moteur du secteur touristique en Inde. Le Taj Mahal fait partie du “Triangle d’Or”, composé de la ville d’Agra, de Delhi et de Jaipur. Ce dernier est inclus dans la plupart des circuits touristiques proposés par les agences indiennes. Ici, sont valorisés le passé, la culture mystique et ancienne et la religion (Goreau-Ponceaud, 2019). Pour de nombreux auteurs, le tourisme culturel apparaît comme une solution pour “sauver le mode” au sens propre comme au figuré. De plus, il  offre à la communauté locale l’opportunité de contrôler son propre développement ainsi que de s’en approprier les nombreuses retombées (Marcotte & Bourdeau, 2010). Par conséquent,  la ville d’Agra voit aujourd’hui son économie se développer grâce au tourisme mais aussi à l’industrie, notamment le forgeage et la fonderie (Singh, Sharma, 2012).

Le Taj Mahal est devenu au fil du temps l’objet d’un marketing territorial, mettant en lumière son unicité architecturale ainsi que l’esthétisme des lieux. La reconnaissance de ce site au niveau national et international a ainsi favorisé l’accroissement de sa valeur au niveau économique mais également esthétique (Marcotte, Bourdeau, 2010).

Un monument sujet à de nombreuses menaces…

Le Taj Mahal a réussi l’exploit d’accélérer le rayonnement territorial de l’Inde aux niveaux national et international, notamment grâce au tourisme qui a généré de nombreux bénéfices économiques pour le pays. Toutefois, comme le disent les auteurs Marcotte et Bourdeau (2010),  “ce qui est bon pour le tourisme, est rarement bon pour la conservation et ce qui est bon pour la conservation, l’est rarement pour le tourisme.” Ainsi, voilà les enjeux auxquelles sont confrontés le pays : malgré un apport non négligeable à la société indienne, le Taj Mahal subit les contre-coups des politiques d’urbanisation et touristiques du pays, accélérant son déclin. Par conséquent, ce chef-d’œuvre de l’art Indo-Islamique est en proie à de nombreuses menaces telles que la pollution de l’air ou encore le tourisme de masse. 

La pollution

De nos jours, le monde est en proie à une crise environnementale sans précédent, causée par une pollution de l’air qui est due au développement fulgurant du processus d’industrialisation et d’urbanisation, du secteur automobile et à une croissance démographique et économique (Singh, R., & Sharma, B. S, 2011). Les Indiens sont fortement concernés par ce phénomène et subissent une détérioration de la qualité de leur air, provenant des aérosols, de l’automobile ou encore de l’industrie. (Singh, R., & Sharma, B. S, 2011). Ce phénomène a d’importantes conséquences sur les hommes, les végétaux, mais également les monuments comme le Taj Mahal qui n’est pas épargné. Depuis plusieurs années déjà, les marques de cette pollution sont de plus en plus visibles : on assiste à un jaunissement du marbre blanc, nécessitant une intervention des conservateurs qui appliquent fréquemment des couches de boues, favorisant l’absorption des impuretés. 

Le tourisme de masse

Le tourisme de masse a essentiellement pour conséquence de détériorer les monuments à fort taux de visites. Le Taj Mahal s’est ainsi vu envahir par des millions de visiteurs qui piétinent quotidiennement un sol inadapté à supporter une telle charge (Bastenier, 2006). Ce tourisme a également amené à folkloriser les identités ainsi qu’à commercialiser des traditions, qui sont pour la plupart factices, mais qui restent vendables à ces « envahisseurs » capables de payer (Bastenier, 2006). Malgré ces aspects très peu reluisants du tourisme, l’Inde aurait du mal à se passer d’une telle manne financière. Ce phénomène est une source de recettes vitales pour de nombreux pays du Sud, dont l’Inde. 

… Mais plus que jamais au cœur des préoccupations

Afin de prévenir le déclin du monument et d’en préserver son aspect originel, les autorités indiennes ont tenté de prendre des mesures.  Des normes anti-pollutions ont été ainsi imposées aux usines présentes au sein de la ville d’Agra. Toutefois, elles viennent se heurter aux problèmes économiques déjà existants. Le trafic routier se voit limiter à un périmètre de 500 m et une obligation est faite aux usines implantées dans un rayon de 20 kilomètres de passer au gaz naturel ou de fermer.

Une politique commerciale à également été menée afin de réduire le nombre de visites sur le site en pratiquant une tarification différenciée  selon la provenance du visiteur et en limitant les heures de visite. Ces décisions ont permis de limiter les dépassements de seuil de saturation du site touristique d’envergure qu’est le Taj Mahal. En effet, le nombre de touristes quotidien a diminué de près de la moitié passant de 70 000 à 40 000 visiteurs. Il est aujourd’hui également nécessaire de revêtir des chaussons au cours de la visite du mausolée  afin de conserver au mieux le site. 

Ce joyau de l’art Indo-Islamique a su laisser son empreinte dans l’histoire et marquer les esprits par ses prouesses architecturales fascinantes, sa beauté, son histoire mais également sa richesse culturelle, le rendant unique. Il a su conserver toute sa splendeur originelle à travers les siècles, ne subissant que peu les ravages du temps. Néanmoins, il est aujourd’hui sujet à de nombreuses menaces qui sont la conséquence de politiques contemporaines. Au regard des enjeux liés à la préservation de ce monument, l’Inde se doit de s’engager dans une logique de développement durable à l’image du Réseau des Grands Sites de France (RGSF).  

1 La Grande Muraille de Chine, Pétra en Jordanie, La Statue du Christ rédempteur à Rio de Janeiro, Le Machu Picchu, Le site archéologique de Chichén Itzá au Mexique, Le Colisée de Rome et le Taj Mahal.

Bibliographie

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  • Bastenier, A. (2006). Le tourisme, utopie contemporaine. La revue nouvelle, (1-2), 17-21.
  • Goreau-Ponceaud, A. (2019). Colonialité et tourisme: la fabrique des identités et des altérités en Inde. Via. Tourism Review, (16).
  • Marcotte, P. & Bourdeau, L. (2010). La promotion des sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO : compatible avec le développement durable ?. Management & Avenir, 34(4), 270-288. doi:10.3917/mav.034.0270.
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