InTerreCo, destination touristique : notion clé dans le tourisme.

La destination touristique : une notion clé dans l’industrie du tourisme

Traditionnellement, l’activité touristique fait référence à une personne ou à un groupe de personnes qui séjourne pendant une période donnée dans un lieu autre que le milieu de vie habituel. Aujourd’hui, cette approche peut être questionnée au vu des mutations qui s’opèrent dans l’industrie du tourisme pour donner suite à la crise du Covid19. Le lieu prend un sens encore plus complexe dans les logiques touristiques et devient un élément clé pour les différents acteurs gestionnaires confrontés aux nouveaux enjeux de l’industrie du tourisme. De ce point de vue, nous considérons qu’il peut être mieux compris par le prisme de la notion de destination touristique.

La notion de destination touristique

La « destination » devient un élément central dans les politiques touristiques des territoires. On peut ainsi identifier plusieurs destinations à l’échelle des territoires français, entre autres : la destination Angers,  la destination Dordogne-Périgord, ou encore la destination Côte d’Azur France.

On entend par destination un territoire, qui est commercialisé comme une entité touristique auprès de marchés multiples (domestiques et internationaux). Le périmètre d’une destination peut correspondre à des frontières administratives (nation, région) si elles traduisent des orientations culturelles fortes, mais elle peut également représenter des caractéristiques géographiques spécifiques (les Alpes, les Pyrénées, la Côte d’Azur) ou des particularités géographiques locales (le cirque de Gavarnie, le Grand Canyon, etc.). La notion de destination peut également dépasser le cadre du territoire national. Dans ce cas de figure, elle implique différents pays dans un circuit de visite (la commercialisation du bassin méditerranéen auprès des clientèles de croisière).

Frochot et Legohérel (2012).

Vidéo 1 – La Vallée de la Dordogne (Dordogne Périgord Tourisme).

L’enjeu pour les professionnels du tourisme dans les années à venir n’est plus seulement lié à leur capacité à attirer des publics visiteurs et/ou touristes dans un lieu autre que celui de résidence, mais il implique aussi une réelle vision de destination touristique au sens large qui permet de donner une représentation nouvelle aux lieux touristiques et aux territoires qui les abritent. Il s’agit essentiellement de penser ces lieux comme un espace de vie au sein duquel les intérêts de différents acteurs (gestionnaires comme visiteurs) convergent et/ou divergent par rapport aux attentes et aux motivations de chacun. Comme le souligne si bien Escadafal (2015) :

Le territoire est vu comme un espace social et un espace vécu (Di Méo, 1998). C’est un système complexe avec plusieurs réseaux d’acteurs et plusieurs identités. Sa création est de nature intentionnelle de par le caractère volontaire qui est attribué à un et/ou plusieurs acteurs, responsables de son émergence.

Escadafal (2015) précise par ailleurs qu’au-delà de la dimension politique qui se dégage de sa création, il est important de considérer les éléments patrimoniaux qui émergent dans la construction d’une identité collective au sens de l’inscription du projet de création dans l’histoire. Ce qui l’amène à conclure que même si le territoire est voulu comme tel par des acteurs dits gestionnaires (élus municipaux et associatifs, gestionnaires de sites touristiques) ; dans un contexte touristique, il n’est « destination touristique » que s’il est perçu ainsi par les visiteurs/touristes actuels, voire les potentiels visiteurs/touristes ». Le territoire est donc le lieu par excellence de l’expression des diversités qu’on peut identifier dans une structure sociale.

La prise en compte de ces diversités en fonction du système ou du réseau d’acteurs impliqués dans la stratégie de développement touristique est la clé pour une meilleure compréhension des représentations qui émanent d’un territoire commercialisé comme une entité touristique. Plus que jamais, l’offre touristique se doit d’être conforme aussi bien aux attentes des résidents qu’à celui des différents publics de visiteurs. Le salut du tourisme de demain passe par la prise en compte de cet équilibre constant entre les résidents et les touristes qui favorise non seulement une meilleure appropriation du lieu, mais aussi des logiques plus durable et responsable dans les activités touristiques. C’est le choix que nous avons fait dans l’élaboration de la démarche « InTerreCo » que nous mettons actuellement en place dans la Communauté de Communes du Grand Chambord.

L’industrie du tourisme : les destinations au centre de la stratégie marketing

Traditionnellement, le rôle des acteurs gestionnaires d’un territoire mis en tourisme se limitait uniquement à la promotion et à l’animation de la vie locale.  Aujourd’hui, ce rôle a évolué en raison des exigences inhérentes aux stratégies de marketing territorial dans une logique de « destination » (Frochot et Legohérel, 2010 ; Petr, 2015). En effet, les professionnels du tourisme parlent de plus en plus de l’importance stratégique du management de la destination et les cursus universitaires prennent en compte ces nouvelles exigences de formation dans l’industrie du tourisme. Les acteurs publics comme privés, se doivent désormais d’être en amont et en aval du processus de gestion de leurs destinations. Ils mènent ainsi des réflexions aussi bien sur l’élaboration de leur stratégie de développement touristique, l’identification de leur positionnement que sur la politique de promotion touristique. La prise en compte de ce triptyque devient cruciale pour répondre au mieux à la forte concurrence entre les territoires.

Vidéo 2 –  Exemple de vision stratégique des professionnels du tourisme-OnlyLyon sur la promotion de leur destination.

Au-delà de ces éléments en lien avec les sujets de la destination (élus municipaux et associatifs, acteurs des offices de tourisme, gestionnaires de sites touristiques, habitants, touristes, etc.), il est important de prendre en compte la complexité même de l’objet qui est commercialisé : le territoire. Murphy et al. (2000) soulignent notamment l’importance de prendre en compte une composante essentielle du territoire pensé comme une destination touristique : le lieu de forte attraction touristique. Nous y reviendrons plus en détail dans un prochain article de blog sur la vulgarisation scientifique en marketing du tourisme.

Références bibliographiques

Di Méo G. (1998), Géographie sociale et territoires, Paris : Nathan Université coll. « Fac Géographie », 320 p.

Escadafal A. (2015), Des territoires aux destinations touristiques : la fin d’une illusion ? Sud-Ouest européen – Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, 39, 55-63.

Frochot I. et Legohérel P. (2012), Marketing du Tourisme, 3ème édition, Dunod, 367 p.

Murphy P. E., Pritchard M. P. et Smith B. (2000), The destination product and its impact on traveler perceptions, Tourism Management, 21, 4, 43-52.

Petr C. (2015), Le marketing du tourisme, 2ème édition, Dunod, 128 p.