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LE MACHU PICCHU : LE PRODIGE ARCHITECTURAL DE L’EMPIRE INCA

En ce mois de décembre, la troisième Merveille du Monde mise à l’honneur sera le Machu Picchu. Ainsi, après l’Inde et la Chine, c’est au Pérou, sur le continent américain, que nous partons découvrir l’un des 7 sites d’exception du monde contemporain.

Le Machu Picchu : le plus grand héritage oublié de la civilisation Inca

Une cité perdue retrouvée

Révélé aux yeux du monde en 1911, par l’archéologue américain Hiram BINGHAM, ce chef-d’oeuvre architectural a intégré la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1983. Dans la langue Quechua, « Macchu » signifie vieille et « Picchu » symbolise le sommet de la montagne. Ainsi, le Machu Picchu constitue l’héritage le plus remarquable de la civilisation inca. Il apparaît comme une œuvre artistique et architecturale singulière, unique en son genre et d’une ingéniosité sans pareille en matière d’aménagement du territoire à l’échelle mondiale. L’enchâssement du site archéologique à son environnement naturel est la preuve d’une possible coexistence harmonieuse et d’une grande beauté entre l’homme et la nature (Luciano P., 2011).

Un monument géographiquement singulier

Reconnue aux yeux de tous pour être dotée de valeurs culturelles et naturelles d’une grande rareté, cette ancienne forteresse culmine à près de 2 430 mètres d’altitude et s’étend sur plus de 32 000 hectares de pentes montagneuses, de vallées ainsi que de pics, encerclant “La Ciudadela”, monument prodigieux, composant le cœur du site archéologique.

Ce chef-d’œuvre d’architecture s’harmonise de manière singulière avec son environnement naturel auquel il est profondément lié, avec cette particularité qui étonne les visiteurs : le plus spectaculaire est invisible car 50 à 60% de l’ingéniosité architecturale de cette merveille est souterraine.

Un édifice à l’image de la puissance de l’empire Inca

À la fois centre religieux, cérémoniel mais également astronomique et agricole, il fut construit sous la civilisation Inca, au cours du XVᵉ siècle. Ce fut l’empereur Inca Pachacutec, un des plus éminents dirigeants du Tahuantinsuyo, qui découvrit ce lieu suite à une campagne militaire. La beauté du lieu et sa singularité topographique, le rendant stratégiquement facile à défendre, séduisirent l’empereur. La ville-citadelle fut érigée entre 1483 et 1471. Ainsi, de nombreux archéologues crurent que la vocation première du site fut défensive et militaire. 

A cette époque, l’empire Inca connaissait une véritable période de prospérité. Certains archéologues affirment que le site du Machu Picchu fut construit en l’honneur de la victoire des Incas sur le peuple Chancas. Ses lignes imposantes devaient le distinguer des édifices des cités avoisinantes. Son prestige attira les Incas qui vinrent s’y installer en nombre.

Une résidence de la royauté impériale

Le Machu Picchu fut aussi utilisé comme une résidence royale, lieu de repos pour l’empereur et sa famille “panaka”. Dans la culture Inca, chaque nouvel empereur se devait de construire ses propres demeures. Il était impensable pour eux de s’installer dans des demeures édifiées par l’un de leurs prédécesseurs au risque de cotoyer leurs esprits qui continueraient à y circuler. C’était également un moyen de fuir la pression politique de la capitale.

Symbole d’une puissance économique 

Ce site archéologique peut, selon de nombreux archéologues, se diviser en 2 grandes parties : La première zone destinée à l’agriculture. Centre économique d’une grande importance pour le peuple Inca, les paysans entretenaient des champs artificiels afin de nourrir l’intégralité de la population. Néanmoins, le climat régional n’était aucunement propice à la culture. Afin de retenir l’eau, le peuple inca a élaboré un système hydrique d’une grande ingéniosité pour l’époque (Wright K. R., Kelly J. M. et Zegarra A. V., 1997). Aux terrasses, s’apparentant à des escaliers, furent intégrées des galeries de filtrages. Ainsi, la couche de fond était constituée de roche, celle intermédiaire de sables et la couche supérieure de terre arable. Sans ce procédé ingénieux, les inondations auraient emporté l’intégralité des cultures.

Selon l’altitude et le climat, les champs recevaient la cola, la pomme de terre, les haricots, du maïs ou encore le coton. Tout près du site, se trouvait la capitale de l’empire Inca, Cuzco, permettant l’acheminement permanent de produits, sans aucune nécessité de stockage. Le Machu Picchu constituait à lui seul l’entrepôt agricole de la région.

Un centre urbain dynamique

Poumon économique, le Machu Picchu était aussi un centre urbain et religieux d’une grande importance, qui constituaient la seconde zone du sanctuaire. Composé de plus de 200 constructions et édifié sur une crête escarpée, cette zone était divisée en deux parties distinctes : la haute ville (Hanan) et la basse ville (hurin).

Les édifices furent bâtis selon une technique de maçonnerie remarquable pour l’époque. Ils étaient le résultat d’un travail de précision de grande envergure, montés entièrement à la main. Pour preuve, la présence de magnifiques temples, à l’architecture travaillée en pierres polies : le Temple du Soleil, le Temple de la lune ou encore le Temple du Condor. Ces monuments sont capables de résister aux séismes, fréquents dans la région. De par la proximité des roches, elles retrouvent de manière naturelle leur place initiale après une éventuelle secousse.

Un édifice d’une ingéniosité sans précédents

L’ingéniosité dont a fait preuve le peuple inca à travers l’utilisation d’une technologie éprouvée ainsi que l’attention portée au processus de construction des structures du sanctuaire, ont permis à ce dernier de traverser les siècles (Cuadra C., Sato Y., Tokeshi J., Kanno H., Ogawa J., Karkee M. B. et Rojas, J., 2005). Si lors de sa construction, les fondations n’avaient pas été le fruit d’une réflexion profonde, les glissements de terrain ainsi que les tremblements auraient emporté le sanctuaire depuis longtemps (Petroski H., 2009).

Une ville sacralisée

Des études plus approfondies ont affirmé que la cité était également un lieu de culte avec des espaces dédiés. Certains archéologues et anthropologues ont affirmé que ce sanctuaire est lié au Divin. Le choix du lieu, au sommet d’une montagne, symboliserait la volonté des Incas d’affirmer leur suprématie en se de se rapprochant du Soleil. Le lieu est ceint par la rivière sacrée Urubamba et circonscrit par les sommets de la Cordillère des Andes. Dans la culture inca, le soleil est une divinité, les montagnes sont source de vénération et l’eau est sacralisée. Nombreuses sont les constructions présentes au sein de la ville qui s’alignent sur le soleil selon la période de l’année.

L’Intihuatana, l’autel dédié au Soleil, l’un des monuments les plus connus du Machu Picchu, signifie “le lieu où s’attache le soleil”. Il est présent au sommet du site archéologique et est le parfait exemple de cette relation à la divinité. Il a été longtemps affirmé que le site abritait les “Nustas” qui étaient des vierges mariées au soleil et qui consacraient l’intégralité de leur existence au culte d’Inti, le Soleil. 

Les montagnes situées aux alentours, bien plus hautes, vont avoir cette capacité de contrôler la météo et par conséquent, la fertilité de la terre et des animaux. Ces dernières revêtent le rôle de protectrices et de divinités de la guerre pour les peuples vivants auprès d’elles et les vénérant. D’autres édifices sont dirigés vers ces dernières, où l’âme de ceux qui sont partis est censée reposer.

Une cité perdue à la fin de la civilisation Inca

En 1531, l’empire Inca s’effondre. Les conquistadors espagnols, dotés d’armes à feu et de chevaux terrifient les populations locales. Lors de leur arrivée, une guerre civile a éclaté suite à la haine des peuples locaux à l’encontre des Incas. L’empire se retrouve dès lors en proie à une guerre de succession. Il ne faudra que peu d’efforts aux conquistadors, désireux d’acquérir les vastes richesses présentes au sein de la cité, pour le conquérir. Résistants pendant de nombreuses années, les habitants fuirent progressivement la cité pour retourner vivre dans leur village d’origine. En 1532, le dernier empereur Inca, Atahualpa, fut assassiné par l’Espagnol Pizzaron, mettant ainsi un terme à la civilisation Inca.

Le Machu Picchu : un monument national ….

… Au service du tourisme

Le tourisme a généré une économie locale florissante. Il n’était pas rare d’y voir de nombreuses entreprises familiales telles que des restaurants, des auberges ou encore des artisans ou des commerçants vendant de la céramique, du textile ou encore des souvenirs en réponse à la consommation touristique (Luciano, P; 2011). Chaque année, ce sont près de 1 500 000 visiteurs qui viennent découvrir la cité perdue, faisant de ce site archéologique, la première attraction touristique du pays. En 1965, l’État péruvien a conçu le “Plan Turístico y Cultural de la Comisión Especial (plan COPESCO), en coopération avec l’UNESCO afin de restaurer les ruines archéologiques.

Aujourd’hui, la région de Cuzco n’est plus uniquement reconnue comme symbole par l’UNESCO pour la singularité de ses caractéristiques culturelles et naturelles ainsi que de ses sites reconnus au rang de patrimoine mondial. Cette région est devenue un centre touristique accueillant des milliers, voire des millions de visiteurs, provenant majoritairement des régions d’Europe et du Nord de l’Amérique.

De nombreux autochtones quechuas sont encore aujourd’hui présents dans les zones rurales et vivent dans les hautes altitudes des Andes. Les touristes apprécient grandement leur présence et les associent, bien souvent, à la représentation la plus pure du peuple Inca. C’est ainsi que naquit une stratégie de marketing ethnique, mise en place par de nombreuses agences de voyages “Ils sont des descendants directs du peuple Inca, alors n’oubliez pas que ce sont leurs ancêtres qui ont bâti les nombreuses merveilles qui sont à l’origine de votre appétence pour le Pérou”   (Arellano A., 2011).

Néanmoins, le tourisme de masse a un impact négatif sur le site qu’il détériore et fragilise.

Vidéo

et en proie à la menace environnementale

En matière environnementale, de nombreuses inquiétudes ont émergé face aux pillages, à la collecte de bois et de plantes à destination de la vente ou encore à cause de la mauvaise gestion des déchets ou au braconnage, amenant à la destruction silencieuse d’un écosystème tout entier. La pollution de l’eau, causée par les déchets de l’urbanisation et par les produits agrochimiques qui sont déversés dans l’Urubamba, contribue à alimenter progressivement la disparition de l’environnement.

Les solutions apportées par l’État Péruvien

Au cours de l’année 1981, le gouvernement péruvien, par l’intermédiaire de l’Institut National des Ressources Naturelles (INRENA) a déclaré de manière officielle que le sanctuaire du Machu Picchu était un site naturel et archéologique protégé (Arellano A., 2011).

Le sanctuaire est aujourd’hui placé sous l’autorité de l’État péruvien et intégré au réseau national des aires protégé du pays. Une juridiction a été établie afin de le protéger. En 1999, l’Unité de gestion du Sanctuaire historique de Machu Picchu (UGM) a été conçue afin de mettre en application des stratégies de gestion du site.

L’État péruvien a également instauré de nombreuses mesures afin de préserver cet héritage du passé. Ainsi, le gouvernement a cherché à réguler le flux de touristes : chaque jour, le nombre de visiteurs est limité à 2 500 personnes. Néanmoins, ce chiffre n’est pas immuable et il se peut que, dans un avenir proche, il soit revu à la baisse. Les autorités ont aussi instauré un système de tranches (matin, midi, après-midi), qui couvre chacune, trois heures, évitant ainsi une trop grande masse de tourisme.

Un mystère qui n’a pas encore livré tous ses secrets […]

Après la conquête espagnole, le Machu Picchu fut oublié pendant de nombreux siècles. Sa découverte, en 1911, l’a remis sur le devant de la scène international, faisant de ce monument une des merveilles architecturales et d’ingéniosité unique au monde. Malgré de nombreuses recherches, le Machu Picchu reste un mystère qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

 

BIBLIOGRAPHIE 

Arellano, A. (2011). Tourism in poor regions and social inclusion : the porters of the Inca Trail to Machu Picchu. World Leisure Journal, 53(2), 104‑118. 

Cuadra, C., Sato, Y., Tokeshi, J., Kanno, H., Ogawa, J., Karkee, M. B., & Rojas, J. (2005). Evaluation of the dynamic characteristics of typical Inca heritage structures in Machupicchu. WIT Transactions on The Built Environment, 83.

Luciano, P. (2011). Where are the Edges of a Protected Area? Political Dispossession in Machu Picchu, Peru. Conservation and Society, 9(1), 35-41. 

Petroski, H. (2009). Engineering: Machu Picchu. American Scientist, 97(1), 15-19. Retrieved 

Wright, K. R., Kelly, J. M., & Zegarra, A. V. (1997). Machu Picchu : Ancient Hydraulic Engineering. Journal of Hydraulic Engineering, 123(10), 838‑843. 

InTerreCo pour un tourisme durable et responsable

InTerreCo pour un tourisme durable et responsable

« Protéger, exceller, développer »

Le Grand Chambord et le Domaine national de Chambord, mobilisés en vue du label « Grand site de France », un grand projet de tourisme durable et de proximité !

La Communauté de Communes du Grand Chambord (CCGC) et le Domaine national de Chambord portent un projet stratégique pour un territoire d’exception !  Ce 2 novembre 2020[1], le Domaine national de Chambord devait accueillir l’ensemble des acteurs locaux et régionaux, à l’occasion de la présentation du projet “Grand Site de France” et du plan d’action porté par la CCGC et le Domaine. Organisée sous l’égide d’Yves ROUSSET, préfet de Loir-et-Cher, Gilles CLÉMENT, Président de la CCGC et de Jean D’HAUSSONVILLE, Directeur Général du Domaine national de Chambord, la conférence devait être conduite par Koffi Selom AGBOKANZO, maître de conférences, accompagné des membres du collectif In-Terre-Co. La pandémie en a décidé autrement et l’évènement se tiendra ultérieurement. Ce délai supplémentaire est mis à profit pour apporter un éclairage plus approfondi sur une initiative singulière et prometteuse.

« L’identité de notre territoire est associée aux habitants qui participent au quotidien à sa construction et au Domaine national de Chambord, classé au patrimoine mondial de l’humanité. Aujourd’hui, dans une perspective de développement local, nous voulons fédérer les acteurs économiques et la population autour de ce pôle majeur d’attractivité. » souligne un élu de la Communauté de Communes du Grand Chambord.

Afin de mener à bien cette grande ambition, les élus, assistés par le collectif In-Terre-Co sur le volet marketing territorial, lancent l’opération « Grand site de France ». Pour acquérir ce label, le territoire engage une politique de tourisme durable et responsable tournée vers les acteurs économiques locaux et les résidents. L’objectif est d’associer les énergies et les ressources locales dans une même dynamique de valorisation du territoire. Cette mise en lumière passe par le soutien à la création d’offres de biens et de services originaux et authentiques, l’appui aux programmes de préservation des lieux et des paysages et l’invitation faites à toutes les parties prenantes de devenir les ambassadeurs du territoire.

Initiée en 2019 à la demande des élus du Grand Chambord alors que l’épidémie de la Covid-19 ne sévissait pas, cette réflexion se révèle stratégique dans le contexte actuel de crise sanitaire.

En savoir plus sur

Le label « Grand site de France » est décerné pour une durée de 6 ans par le ministère de la transition écologique et solidaire. Ce label est attribué en fonction de critères d’éligibilité rigoureux portant sur la protection, la réhabilitation et la gestion active du paysage, l’accueil des visiteurs et le développement local durable (cf. Art. L. 341-15-1 du code de l’environnement). 

La Communauté de Communes du Grand Chambord réunit 16 communes pour lesquelles elle gère de nombreuses compétences dont le développement économique et touristique. Les 43 élus communautaires issus des 16 communes membres se réunissent régulièrement lors de conseils communautaires. Par leurs votes, ils définissent les politiques à mener, les équipements à construire et les services à mettre en place sur le territoire. La Communauté de communes compte 21064 habitants et 997 entreprises.

Le Domaine national de Chambord          
Inscrit depuis 1981 au patrimoine mondial de l’UNESCO, le Domaine national de Chambord a fêté ses 500 ans en 2019. Établissement culturel national, Chambord n’a de cesse de développer la fréquentation de son château qui atteignait plus d’un million de visiteurs en 2018. Au cours des ans, Chambord a noué de prestigieux partenariats internationaux avec la Chine, l’Inde et l’Italie. Aujourd’hui Chambord veut incarner le tourisme de demain, tourné vers la famille et la détente et valoriser ses milliers d’hectares de nature préservée.

InTerreCo : un collectif au service du rayonnement territorial
InTerreCo est la rencontre de cinq professionnels partageant une même vision d’un tourisme durable et responsable. Le collectif s’enrichit des nombreux projets co-portés par ses différents membres et des contributions de ses chercheurs tant conceptuelles que méthodologiques. Dans ce « think tank », scientifiques et praticiens confrontent sans cesse leurs connaissances théoriques et leurs expériences terrain afin de gagner ensemble en savoirs, en compétences, en capacité d’adaptation et d’anticipation. 

Pour plus d’information contacter

Koffi Selom AGBOKANZO
Dr-PhD / Maître de conférences en Sciences de Gestion et du Management de l’Université Catholique de l’Ouest – UCO Nantes

Mail : kagbokanzo@uco.fr https://interreco.fr/

 

[1] Compte tenu des mesures sanitaires actuelles, l’évènement est reporté à une date ultérieure.

InTerreCo Grande muraille de Chine

LA GRANDE MURAILLE DE CHINE : UNE ŒUVRE ARCHITECTURALE D’INGÉNIOSITÉ

InTerreCo pose un regard neuf sur les hauts lieux touristiques du monde. Les membres du collectif ambitionnent de questionner leurs impacts sur les territoires qui les hébergent, en termes d’attractivité et d’identité culturelle, voire de retombées socio-économiques et environnementales. Eu égard à cette ambition, quoi de mieux que d’étudier les 7 Merveilles du Monde Moderne sur une série de 7 articles ?! Pour le mois d’octobre, la seconde destination de notre périple des 7 Merveilles du Monde Moderne est la Chine ! Après avoir débuté notre voyage en Inde, à la découverte du Taj Mahal, nous allons aujourd’hui découvrir une autre merveille architecturale et d’ingéniosité : la Grande muraille de Chine.

La Grande muraille de Chine : héritage d’une prouesse stratégique militaire ingénieuse

La Grande Muraille de Chine fut élue, au cours dans l’année 2007, parmi l’une des 7 Merveilles du Monde Moderne. Mais dès 1987, elle avait fait son entrée dans le cercle très fermé des chefs-d’œuvre de l’humanité en étant classée au patrimoine mondial de L’Unesco. À l’image d’un dragon dominant montagnes, déserts, vallées et plateaux, ce monument impressionnant s’étend aujourd’hui de l’Est à l’Ouest, sur plus de 20 000 kilomètres. Cet édifice est aujourd’hui considéré comme le plus long mur au monde. 

Vidéo N°1

Véritable prouesse architecturale, la Grande Muraille de Chine est avant tout un exploit stratégique défensif unique au monde, datant d’une période aujourd’hui révolue. Dans sa conception, elle a été imaginée comme un système militaire d’une grande habilité destiné, dans un premier temps, à défendre l’empire (Ganster, P., & Lorey, D. E, 2004), comportant une multitude d’éléments stratégiques tels que des tours de guet, des forteresses ou encore des tours d’alarmes. 

Sa construction, débutée au IIIᵉ siècle avant J-C sous la dynastie Ming, s’est poursuivie jusqu’au XVIIᵉ siècle après J-C. Au cours de ces deux millénaires, la Grande Muraille a subi de nombreuses transformations : reconstruite à plusieurs reprises, et de manière plus élaborée, grâce aux découvertes de nouvelles techniques d’édification. D’une hauteur de 7.8 mètres en moyenne, elle peut atteindre 14 mètres à certains endroits. 

Ce chef-d’œuvre est le reflet des conflits et des échanges entre la civilisation nomade et agricole présente au sein de l’empire du Milieu. Durant des siècles, elle a symbolisé la puissance militaire et défensive du pays. Sans compter que tout cela illustre une ingéniosité architecturale, technologique ainsi que celles des arts militaires. 

L’édification de la Grande Muraille de Chine défie … l’espace et le temps

Construite en tant que fortification pour les états Zhao, Qin et Yan, elle fut par la suite étendue et rénovée durant des siècles. L’édification de la Grande Muraille traversa l’espace et le temps, les différentes provinces (Qinghai, Gansu, Shaanxi, Hebei, Shandong, Liaoning, Ningxia, Mongolie intérieure, Pékin) ainsi que les dynasties et les royaumes qui se succédèrent en Chine. Au départ indépendantes, les différentes parties de la muraille furent unifiées, sous l’empereur Qin Shi Huang. Elle constituait un moyen défensif de repousser la menace ennemie que représentaient les Huns. Sous la dynastie Han, la muraille fit l’objet d’extension afin de protéger la route de la Soie, débouché économique de premier plan pour le pays. 

D’une main d’œuvre hétérogène ….

On sait peu de choses sur les méthodes employées pour la construction. La Grande Muraille est probablement l’œuvre des soldats, des paysans et des prisonniers qui furent employés comme main d’œuvre pour bâtir ce joyau d’ingéniosité. En complément de la population rurale, des rebelles et des prisonniers politiques ont été mis à contribution.

Et de matériaux divers et variés. 

A l’image de la diversité des régions qu’elle traverse, la Grande Muraille de Chine a été construite à l’aide d’une grande diversité de matériaux : des pierres, de la terre, du sable ou encore des briques. 

Un monument aux valeurs universelles mis au service du rayonnement territorial 

La Chine s’érige au second rang des pays ayant le plus de sites inscrits au patrimoine Mondial de l’UNESCO, après l’Italie. C’est ainsi que l’empire du milieu compte une cinquantaine de sites détenant le label et soumis à une politique de préservation du patrimoine. Il est évident que le pays détient un fort et puissant héritage culturel et de somptueux paysages. Parmi la multitude de sites culturels, certains sont connus universellement comme le Palais d’été ou encore celui qui nous intéresse, la Grande Muraille de Chine (Meyer C, 2018).

La Grande Muraille  de Chine : un vecteur de la diffusion culturelle

Aujourd’hui encore, ce monument est un marqueur culturel au sein même du pays et à l’international. Il est considéré comme l’une des fiertés nationales du pays, symbole de toute une nation (O. Arifon, 2012). Pour preuve, il est présent dans le premier couplet de l’hymne national chinois. Ce chef-d’œuvre architectural est l’incarnation même de la puissance culturelle et militaire de la Chine. 

Devenu le site touristique le plus important en Chine, il témoigne de la capacité de la nation à préserver son patrimoine ainsi que son ouverture au monde. La Grande Muraille de Chine est une source d’inspiration dans divers domaines culturels tels que la peinture, la poésie ou le cinéma.

Un monument à forte portée symbolique 

Ce chef-d’œuvre d’ingénierie fut, au cours des siècles, associé à la mythologie et au symbolisme du pays. Elle est à l’image du peuple chinois, de sa clairvoyance, de  son courage et de sa persévérance. Sa présence rappelle aussi les nombreux sacrifices et la souffrance d’innombrables familles qui furent séparées, d’ouvriers qui périrent au cours de son édification et qui furent enterrés au pied des fondations. Elle est aussi le symbole de l’unification de tout un pays autour d’une cause commune Paradoxalement, elle revêt la volonté de toute une nation de se protéger du reste du monde et de préserver sa propre culture.

Un chef-d’œuvre au cœur de la culture populaire

La Grande Muraille inspira de nombreuses légendes, faisant aujourd’hui partie intégrante du folklore national. Une des légendes les plus célèbres est celle de Meng Jiangnu qui fit s’écrouler une partie du mur à la force de ses larmes, tant son chagrin fut grand suite au décès de son époux.

Une autre légende des plus connues est celle  Xifengkou : « un homme, au cours de la dynastie Qin, fut envoyé loin des siens pour contribuer à la construction du mur. L’hiver arrivant, le père du jeune homme, surpris que ce dernier ne revienne pas, partit à sa recherche. Durant le trajet, ils se croisèrent sur la colline Songtime. Heureux de se retrouver, ils rirent jusqu’à en mourir. C’est ainsi que le lieu où ils reposent a été renommé Xifengkou (passage du pic du bonheur) ».

Autre que ces légendes, ce chef-d’œuvre inspira de nombreux poètes au cours des siècles. Dans l’un des poèmes les plus connus, le président Mao a décrit ce chef-d’œuvre par ces mots : “ jusqu’à ce que vous atteigniez la Grande Muraille, vous n’êtes pas un héros” – symbole à ses yeux de la capacité à surmonter les difficultés avant d’atteindre les objectifs.

Aussi, la culture populaire qui entoure la Grande Muraille s’est développée grâce à la production de billets de banque et de pièces de monnaie, mais également de timbre.

La Grande Muraille de Chine face au tourisme

Il est important de savoir que le tourisme est une conséquence de l’inscription de nombreux sites en tant que patrimoine mondial de l’Unesco, causé par leur importance naturelle et culturelle. Ainsi, on leur reconnait une valeur de préservation et une valeur universelle au niveau mondiale, par la mise en lumière du site et par la stimulation qu’il engendre. Ainsi, le statut de patrimoine mondial va être considéré comme une marque (un label), garantissant une attractivité régionale, une expérience visiteur unique qui ne cesse d’en attirer de nouveaux et insufflant une fierté nationale (SU, MM & Wall, G, 2014).

En Chine, la Grande Muraille fut l’un des premiers sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987. En quelques années, elle est devenue la principale attraction touristique de l’empire du Milieu, voire de l’Asie tout entière. Chaque année, on note entre 15 et 16 millions de personnes qui visitent ce bijou d’ingéniosité militaire.

Au vu de cet engouement flagrant, le gouvernement chinois a décidé de mener des politiques de restauration de la Muraille. Néanmoins, les aménagements touristiques qui ont été conçus se sont très vite transformés en une menace pour la structure du monument. Il est important de savoir que la préservation du patrimoine et le développement  touristique sont deux concepts qui peuvent se caractériser par une symbiose mais également des tensions (Su, MM & Wall, G, 2014).

Un monument qui tend à disparaitre au fil des ans

Construit il y a près de deux millénaires, la Grande Muraille de Chine n’est aujourd’hui plus visible à son état originel. Selon une étude rendue publique par le gouvernement chinois, 30% de la Muraille a disparu, soit plus de 2000 km. Cela serait les conséquences des  nombreuses dégradations naturelles et humaines subi par le monument. 

Entre les années 60 et 80, nombreux sont les pillages qui ont eu lieu. Certains habitants qui résidaient tout au long du mur, faisaient usage des pierres de la muraille pour bâtir leur propre habitation. De par leur pauvreté, les pierres représentaient la seule matière première disponible et peu chère à leur portée. Par ailleurs, ces pillages se sont produits au cours d’une période bien particulière, la révolution culturelle, ou l’État chinois avait déclaré la nécessité de se débarrasser de toute trace du passé. La période de prospérité qui s’en est suivi a mis un terme à ces pillages. Toutefois, un fléau aussi inquiétant que le premier a émergé : les collectionneurs ou les amateurs de la muraille peuvent se procurer des pierres pour une valeur pécuniaire bien plus faible que leur valeur symbolique sur le marché noir. 

D’autre part, de nos jours, le tourisme devient une nouvelle menace pour la préservation du monument. En piétinant les pierres et en prélevant certaines directement de la structure, cela n’a fait qu’accélérer sa dégradation. Ainsi, c’est une part de l’histoire qui n’est plus visible à l’Homme d’aujourd’hui. Nombreuses sont les parties qui sont manquantes et qui appartenaient à des dynasties antérieures, à jamais disparues. 

Une réponse radicale de l’État chinois

L’ANPC (Administration National du Patrimoine Culturelle) a mené une campagne afin de lutter contre les dégradations criminelles réalisées à l’encontre de la Grande Muraille. Cette dernière a pour finalité de réaliser des inspections aléatoires et régulières de la muraille par les autorités. L’organisme a également mis en place une ligne téléphonique à destination des citoyens afin que ces derniers les informent du moindre acte de vandalisme. 

De surcroît, une législations a été instaurée afin de contribuer à la préservation de ce monument par le gouvernement chinois. Chacune des composantes de la muraille ont été classées comme des sites protégés par le gouvernement Chinois, par la loi de la République Populaire de Chine sur la protection des reliques culturelles. Promulguées au cours de l’année 2006, des réglementations relatives à la protection et à la préservation de la Grande Muraille de Chine,  constituent à elles seules un document destiné à la gestion et à la conservation du bien. À savoir qu’une série de plans de conservation de la Grande Muraille, soumise à de constantes améliorations et se voit étendue, va couvrir de nombreux niveaux. Des fonds sont également recueillis et des mesures de restauration et d’entretiens sont de vigueur. 

La Grande Muraille de Chine est à l’image de l’histoire de sa nation. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987, elle est devenue un monument aux valeurs universelles, reconnaissable de tous et connue à travers le monde. Elle a permis à la Chine de diffuser sa culture par l’intermédiaire des arts, que ce soit la peinture, la poésie ou encore son folklore. Aujourd’hui, comme beaucoup d’autres monuments à travers le monde, elle subit le contrecoup de sa notoriété et des politiques touristiques mis en place : elle dépérit d’année en année, perdant peu à peu des pans entiers de son histoire. Face à ce constat, l’État chinois a pris un ensemble de mesures destinées à préserver la valeur symbolique de ce monument, qui constitue le cœur de son patrimoine culturel.

Bibliographie

Arifon, O. (2012). Chine : de la muraille à Internet, permanence du contrôle étatique. Hermès, La Revue, 63(2), 160-164.

Ganster, P., & Lorey, D. E. (Eds.). (2004). Borders and border politics in a globalizing world. Rowman & Littlefield Publishers.

Meyer, C. (2018). L’Occident face à la renaissance de la Chine : défis économiques, géopolitiques et culturels. Odile Jacob.

Su, MM et Wall, G. (2014). Participation communautaire au tourisme sur un site du patrimoine mondial : la Grande Muraille de Mutianyu, Pékin, Chine. Journal international de recherche touristique, 16 (2), 146-156.

InTerreCo, destination touristique : notion clé dans le tourisme.

La destination touristique : une notion clé dans l’industrie du tourisme

Traditionnellement, l’activité touristique fait référence à une personne ou à un groupe de personnes qui séjourne pendant une période donnée dans un lieu autre que le milieu de vie habituel. Aujourd’hui, cette approche peut être questionnée au vu des mutations qui s’opèrent dans l’industrie du tourisme pour donner suite à la crise du Covid19. Le lieu prend un sens encore plus complexe dans les logiques touristiques et devient un élément clé pour les différents acteurs gestionnaires confrontés aux nouveaux enjeux de l’industrie du tourisme. De ce point de vue, nous considérons qu’il peut être mieux compris par le prisme de la notion de destination touristique.

La notion de destination touristique

La « destination » devient un élément central dans les politiques touristiques des territoires. On peut ainsi identifier plusieurs destinations à l’échelle des territoires français, entre autres : la destination Angers,  la destination Dordogne-Périgord, ou encore la destination Côte d’Azur France.

On entend par destination un territoire, qui est commercialisé comme une entité touristique auprès de marchés multiples (domestiques et internationaux). Le périmètre d’une destination peut correspondre à des frontières administratives (nation, région) si elles traduisent des orientations culturelles fortes, mais elle peut également représenter des caractéristiques géographiques spécifiques (les Alpes, les Pyrénées, la Côte d’Azur) ou des particularités géographiques locales (le cirque de Gavarnie, le Grand Canyon, etc.). La notion de destination peut également dépasser le cadre du territoire national. Dans ce cas de figure, elle implique différents pays dans un circuit de visite (la commercialisation du bassin méditerranéen auprès des clientèles de croisière).

Frochot et Legohérel (2012).

Vidéo 1 – La Vallée de la Dordogne (Dordogne Périgord Tourisme).

L’enjeu pour les professionnels du tourisme dans les années à venir n’est plus seulement lié à leur capacité à attirer des publics visiteurs et/ou touristes dans un lieu autre que celui de résidence, mais il implique aussi une réelle vision de destination touristique au sens large qui permet de donner une représentation nouvelle aux lieux touristiques et aux territoires qui les abritent. Il s’agit essentiellement de penser ces lieux comme un espace de vie au sein duquel les intérêts de différents acteurs (gestionnaires comme visiteurs) convergent et/ou divergent par rapport aux attentes et aux motivations de chacun. Comme le souligne si bien Escadafal (2015) :

Le territoire est vu comme un espace social et un espace vécu (Di Méo, 1998). C’est un système complexe avec plusieurs réseaux d’acteurs et plusieurs identités. Sa création est de nature intentionnelle de par le caractère volontaire qui est attribué à un et/ou plusieurs acteurs, responsables de son émergence.

Escadafal (2015) précise par ailleurs qu’au-delà de la dimension politique qui se dégage de sa création, il est important de considérer les éléments patrimoniaux qui émergent dans la construction d’une identité collective au sens de l’inscription du projet de création dans l’histoire. Ce qui l’amène à conclure que même si le territoire est voulu comme tel par des acteurs dits gestionnaires (élus municipaux et associatifs, gestionnaires de sites touristiques) ; dans un contexte touristique, il n’est « destination touristique » que s’il est perçu ainsi par les visiteurs/touristes actuels, voire les potentiels visiteurs/touristes ». Le territoire est donc le lieu par excellence de l’expression des diversités qu’on peut identifier dans une structure sociale.

La prise en compte de ces diversités en fonction du système ou du réseau d’acteurs impliqués dans la stratégie de développement touristique est la clé pour une meilleure compréhension des représentations qui émanent d’un territoire commercialisé comme une entité touristique. Plus que jamais, l’offre touristique se doit d’être conforme aussi bien aux attentes des résidents qu’à celui des différents publics de visiteurs. Le salut du tourisme de demain passe par la prise en compte de cet équilibre constant entre les résidents et les touristes qui favorise non seulement une meilleure appropriation du lieu, mais aussi des logiques plus durable et responsable dans les activités touristiques. C’est le choix que nous avons fait dans l’élaboration de la démarche « InTerreCo » que nous mettons actuellement en place dans la Communauté de Communes du Grand Chambord.

L’industrie du tourisme : les destinations au centre de la stratégie marketing

Traditionnellement, le rôle des acteurs gestionnaires d’un territoire mis en tourisme se limitait uniquement à la promotion et à l’animation de la vie locale.  Aujourd’hui, ce rôle a évolué en raison des exigences inhérentes aux stratégies de marketing territorial dans une logique de « destination » (Frochot et Legohérel, 2010 ; Petr, 2015). En effet, les professionnels du tourisme parlent de plus en plus de l’importance stratégique du management de la destination et les cursus universitaires prennent en compte ces nouvelles exigences de formation dans l’industrie du tourisme. Les acteurs publics comme privés, se doivent désormais d’être en amont et en aval du processus de gestion de leurs destinations. Ils mènent ainsi des réflexions aussi bien sur l’élaboration de leur stratégie de développement touristique, l’identification de leur positionnement que sur la politique de promotion touristique. La prise en compte de ce triptyque devient cruciale pour répondre au mieux à la forte concurrence entre les territoires.

Vidéo 2 –  Exemple de vision stratégique des professionnels du tourisme-OnlyLyon sur la promotion de leur destination.

Au-delà de ces éléments en lien avec les sujets de la destination (élus municipaux et associatifs, acteurs des offices de tourisme, gestionnaires de sites touristiques, habitants, touristes, etc.), il est important de prendre en compte la complexité même de l’objet qui est commercialisé : le territoire. Murphy et al. (2000) soulignent notamment l’importance de prendre en compte une composante essentielle du territoire pensé comme une destination touristique : le lieu de forte attraction touristique. Nous y reviendrons plus en détail dans un prochain article de blog sur la vulgarisation scientifique en marketing du tourisme.

Références bibliographiques

Di Méo G. (1998), Géographie sociale et territoires, Paris : Nathan Université coll. « Fac Géographie », 320 p.

Escadafal A. (2015), Des territoires aux destinations touristiques : la fin d’une illusion ? Sud-Ouest européen – Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, 39, 55-63.

Frochot I. et Legohérel P. (2012), Marketing du Tourisme, 3ème édition, Dunod, 367 p.

Murphy P. E., Pritchard M. P. et Smith B. (2000), The destination product and its impact on traveler perceptions, Tourism Management, 21, 4, 43-52.

Petr C. (2015), Le marketing du tourisme, 2ème édition, Dunod, 128 p.