InTerreCo Grande muraille de Chine

La Grande Muraille de Chine : une Œuvre architecturale d’ingéniosité

InTerreCo pose un regard neuf sur les hauts lieux touristiques du monde. Les membres du collectif ambitionnent de questionner leurs impacts sur les territoires qui les hébergent, en termes d’attractivité et d’identité culturelle, voire de retombées socio-économiques et environnementales. Eu égard à cette ambition, quoi de mieux que d’étudier les 7 Merveilles du Monde Moderne sur une série de 7 articles ?! Pour le mois d’octobre, la seconde destination de notre périple des 7 Merveilles du Monde Moderne est la Chine ! Après avoir débuté notre voyage en Inde, à la découverte du Taj Mahal, nous allons aujourd’hui découvrir une autre merveille architecturale et d’ingéniosité : la Grande muraille de Chine.

La Grande muraille de Chine : héritage d’une prouesse stratégique militaire ingénieuse

La Grande Muraille de Chine fut élue, au cours dans l’année 2007, parmi l’une des 7 Merveilles du Monde Moderne. Mais dès 1987, elle avait fait son entrée dans le cercle très fermé des chefs-d’œuvre de l’humanité en étant classée au patrimoine mondial de L’Unesco. À l’image d’un dragon dominant montagnes, déserts, vallées et plateaux, ce monument impressionnant s’étend aujourd’hui de l’Est à l’Ouest, sur plus de 20 000 kilomètres. Cet édifice est aujourd’hui considéré comme le plus long mur au monde. 

Vidéo N°1

Véritable prouesse architecturale, la Grande Muraille de Chine est avant tout un exploit stratégique défensif unique au monde, datant d’une période aujourd’hui révolue. Dans sa conception, elle a été imaginée comme un système militaire d’une grande habilité destiné, dans un premier temps, à défendre l’empire (Ganster, P., & Lorey, D. E, 2004), comportant une multitude d’éléments stratégiques tels que des tours de guet, des forteresses ou encore des tours d’alarmes. 

Sa construction, débutée au IIIᵉ siècle avant J-C sous la dynastie Ming, s’est poursuivie jusqu’au XVIIᵉ siècle après J-C. Au cours de ces deux millénaires, la Grande Muraille a subi de nombreuses transformations : reconstruite à plusieurs reprises, et de manière plus élaborée, grâce aux découvertes de nouvelles techniques d’édification. D’une hauteur de 7.8 mètres en moyenne, elle peut atteindre 14 mètres à certains endroits. 

Ce chef-d’œuvre est le reflet des conflits et des échanges entre la civilisation nomade et agricole présente au sein de l’empire du Milieu. Durant des siècles, elle a symbolisé la puissance militaire et défensive du pays. Sans compter que tout cela illustre une ingéniosité architecturale, technologique ainsi que celles des arts militaires. 

L’édification de la Grande Muraille de Chine défie … l’espace et le temps

Construite en tant que fortification pour les états Zhao, Qin et Yan, elle fut par la suite étendue et rénovée durant des siècles. L’édification de la Grande Muraille traversa l’espace et le temps, les différentes provinces (Qinghai, Gansu, Shaanxi, Hebei, Shandong, Liaoning, Ningxia, Mongolie intérieure, Pékin) ainsi que les dynasties et les royaumes qui se succédèrent en Chine. Au départ indépendantes, les différentes parties de la muraille furent unifiées, sous l’empereur Qin Shi Huang. Elle constituait un moyen défensif de repousser la menace ennemie que représentaient les Huns. Sous la dynastie Han, la muraille fit l’objet d’extension afin de protéger la route de la Soie, débouché économique de premier plan pour le pays. 

D’une main d’œuvre hétérogène ….

On sait peu de choses sur les méthodes employées pour la construction. La Grande Muraille est probablement l’œuvre des soldats, des paysans et des prisonniers qui furent employés comme main d’œuvre pour bâtir ce joyau d’ingéniosité. En complément de la population rurale, des rebelles et des prisonniers politiques ont été mis à contribution.

Et de matériaux divers et variés. 

A l’image de la diversité des régions qu’elle traverse, la Grande Muraille de Chine a été construite à l’aide d’une grande diversité de matériaux : des pierres, de la terre, du sable ou encore des briques. 

Un monument aux valeurs universelles mis au service du rayonnement territorial 

La Chine s’érige au second rang des pays ayant le plus de sites inscrits au patrimoine Mondial de l’UNESCO, après l’Italie. C’est ainsi que l’empire du milieu compte une cinquantaine de sites détenant le label et soumis à une politique de préservation du patrimoine. Il est évident que le pays détient un fort et puissant héritage culturel et de somptueux paysages. Parmi la multitude de sites culturels, certains sont connus universellement comme le Palais d’été ou encore celui qui nous intéresse, la Grande Muraille de Chine (Meyer C, 2018).

La Grande Muraille  de Chine : un vecteur de la diffusion culturelle

Aujourd’hui encore, ce monument est un marqueur culturel au sein même du pays et à l’international. Il est considéré comme l’une des fiertés nationales du pays, symbole de toute une nation (O. Arifon, 2012). Pour preuve, il est présent dans le premier couplet de l’hymne national chinois. Ce chef-d’œuvre architectural est l’incarnation même de la puissance culturelle et militaire de la Chine. 

Devenu le site touristique le plus important en Chine, il témoigne de la capacité de la nation à préserver son patrimoine ainsi que son ouverture au monde. La Grande Muraille de Chine est une source d’inspiration dans divers domaines culturels tels que la peinture, la poésie ou le cinéma.

Un monument à forte portée symbolique 

Ce chef-d’œuvre d’ingénierie fut, au cours des siècles, associé à la mythologie et au symbolisme du pays. Elle est à l’image du peuple chinois, de sa clairvoyance, de  son courage et de sa persévérance. Sa présence rappelle aussi les nombreux sacrifices et la souffrance d’innombrables familles qui furent séparées, d’ouvriers qui périrent au cours de son édification et qui furent enterrés au pied des fondations. Elle est aussi le symbole de l’unification de tout un pays autour d’une cause commune Paradoxalement, elle revêt la volonté de toute une nation de se protéger du reste du monde et de préserver sa propre culture.

Un chef-d’œuvre au cœur de la culture populaire

La Grande Muraille inspira de nombreuses légendes, faisant aujourd’hui partie intégrante du folklore national. Une des légendes les plus célèbres est celle de Meng Jiangnu qui fit s’écrouler une partie du mur à la force de ses larmes, tant son chagrin fut grand suite au décès de son époux.

Une autre légende des plus connues est celle  Xifengkou : « un homme, au cours de la dynastie Qin, fut envoyé loin des siens pour contribuer à la construction du mur. L’hiver arrivant, le père du jeune homme, surpris que ce dernier ne revienne pas, partit à sa recherche. Durant le trajet, ils se croisèrent sur la colline Songtime. Heureux de se retrouver, ils rirent jusqu’à en mourir. C’est ainsi que le lieu où ils reposent a été renommé Xifengkou (passage du pic du bonheur) ».

Autre que ces légendes, ce chef-d’œuvre inspira de nombreux poètes au cours des siècles. Dans l’un des poèmes les plus connus, le président Mao a décrit ce chef-d’œuvre par ces mots : “ jusqu’à ce que vous atteigniez la Grande Muraille, vous n’êtes pas un héros” – symbole à ses yeux de la capacité à surmonter les difficultés avant d’atteindre les objectifs.

Aussi, la culture populaire qui entoure la Grande Muraille s’est développée grâce à la production de billets de banque et de pièces de monnaie, mais également de timbre.

La Grande Muraille de Chine face au tourisme

Il est important de savoir que le tourisme est une conséquence de l’inscription de nombreux sites en tant que patrimoine mondial de l’Unesco, causé par leur importance naturelle et culturelle. Ainsi, on leur reconnait une valeur de préservation et une valeur universelle au niveau mondiale, par la mise en lumière du site et par la stimulation qu’il engendre. Ainsi, le statut de patrimoine mondial va être considéré comme une marque (un label), garantissant une attractivité régionale, une expérience visiteur unique qui ne cesse d’en attirer de nouveaux et insufflant une fierté nationale (SU, MM & Wall, G, 2014).

En Chine, la Grande Muraille fut l’un des premiers sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987. En quelques années, elle est devenue la principale attraction touristique de l’empire du Milieu, voire de l’Asie tout entière. Chaque année, on note entre 15 et 16 millions de personnes qui visitent ce bijou d’ingéniosité militaire.

Au vu de cet engouement flagrant, le gouvernement chinois a décidé de mener des politiques de restauration de la Muraille. Néanmoins, les aménagements touristiques qui ont été conçus se sont très vite transformés en une menace pour la structure du monument. Il est important de savoir que la préservation du patrimoine et le développement  touristique sont deux concepts qui peuvent se caractériser par une symbiose mais également des tensions (Su, MM & Wall, G, 2014).

Un monument qui tend à disparaitre au fil des ans

Construit il y a près de deux millénaires, la Grande Muraille de Chine n’est aujourd’hui plus visible à son état originel. Selon une étude rendue publique par le gouvernement chinois, 30% de la Muraille a disparu, soit plus de 2000 km. Cela serait les conséquences des  nombreuses dégradations naturelles et humaines subi par le monument. 

Entre les années 60 et 80, nombreux sont les pillages qui ont eu lieu. Certains habitants qui résidaient tout au long du mur, faisaient usage des pierres de la muraille pour bâtir leur propre habitation. De par leur pauvreté, les pierres représentaient la seule matière première disponible et peu chère à leur portée. Par ailleurs, ces pillages se sont produits au cours d’une période bien particulière, la révolution culturelle, ou l’État chinois avait déclaré la nécessité de se débarrasser de toute trace du passé. La période de prospérité qui s’en est suivi a mis un terme à ces pillages. Toutefois, un fléau aussi inquiétant que le premier a émergé : les collectionneurs ou les amateurs de la muraille peuvent se procurer des pierres pour une valeur pécuniaire bien plus faible que leur valeur symbolique sur le marché noir. 

D’autre part, de nos jours, le tourisme devient une nouvelle menace pour la préservation du monument. En piétinant les pierres et en prélevant certaines directement de la structure, cela n’a fait qu’accélérer sa dégradation. Ainsi, c’est une part de l’histoire qui n’est plus visible à l’Homme d’aujourd’hui. Nombreuses sont les parties qui sont manquantes et qui appartenaient à des dynasties antérieures, à jamais disparues. 

Une réponse radicale de l’État chinois

L’ANPC (Administration National du Patrimoine Culturelle) a mené une campagne afin de lutter contre les dégradations criminelles réalisées à l’encontre de la Grande Muraille. Cette dernière a pour finalité de réaliser des inspections aléatoires et régulières de la muraille par les autorités. L’organisme a également mis en place une ligne téléphonique à destination des citoyens afin que ces derniers les informent du moindre acte de vandalisme. 

De surcroît, une législations a été instaurée afin de contribuer à la préservation de ce monument par le gouvernement chinois. Chacune des composantes de la muraille ont été classées comme des sites protégés par le gouvernement Chinois, par la loi de la République Populaire de Chine sur la protection des reliques culturelles. Promulguées au cours de l’année 2006, des réglementations relatives à la protection et à la préservation de la Grande Muraille de Chine,  constituent à elles seules un document destiné à la gestion et à la conservation du bien. À savoir qu’une série de plans de conservation de la Grande Muraille, soumise à de constantes améliorations et se voit étendue, va couvrir de nombreux niveaux. Des fonds sont également recueillis et des mesures de restauration et d’entretiens sont de vigueur. 

La Grande Muraille de Chine est à l’image de l’histoire de sa nation. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987, elle est devenue un monument aux valeurs universelles, reconnaissable de tous et connue à travers le monde. Elle a permis à la Chine de diffuser sa culture par l’intermédiaire des arts, que ce soit la peinture, la poésie ou encore son folklore. Aujourd’hui, comme beaucoup d’autres monuments à travers le monde, elle subit le contrecoup de sa notoriété et des politiques touristiques mis en place : elle dépérit d’année en année, perdant peu à peu des pans entiers de son histoire. Face à ce constat, l’État chinois a pris un ensemble de mesures destinées à préserver la valeur symbolique de ce monument, qui constitue le cœur de son patrimoine culturel.

Bibliographie

Arifon, O. (2012). Chine : de la muraille à Internet, permanence du contrôle étatique. Hermès, La Revue, 63(2), 160-164.

Ganster, P., & Lorey, D. E. (Eds.). (2004). Borders and border politics in a globalizing world. Rowman & Littlefield Publishers.

Meyer, C. (2018). L’Occident face à la renaissance de la Chine : défis économiques, géopolitiques et culturels. Odile Jacob.

Su, MM et Wall, G. (2014). Participation communautaire au tourisme sur un site du patrimoine mondial : la Grande Muraille de Mutianyu, Pékin, Chine. Journal international de recherche touristique, 16 (2), 146-156.

 

InTerreCo : Taj Mahal

Le Taj Mahal : un joyau architectural au service d’un territoire

InTerreCo pose un regard neuf sur les hauts lieux touristiques du monde. Les membres du collectif ambitionnent de questionner leurs impacts sur les territoires qui les hébergent, en termes d’attractivité et d’identité culturelle, voire de retombées socio-économiques et environnementales. Eu égard à cette ambition, quoi de mieux que d’étudier les 7 Merveilles du Monde Moderne sur une série de 7 articles ?! Fidèle à notre ligne directrice sur les « territoires interconnectés », nous vous amenons à ouvrir une nouvelle fenêtre sur les beautés du monde à travers les 5 continents. La première étape de ce périple vous conduit à la découverte de la merveille phare de l’Inde : le Taj Mahal !

Jadis, les Grecs furent à l’origine de la création d’une liste regroupant 7 Merveilles du Monde, présentes initialement aux alentours de la méditerranée Orientale. Elles furent pour eux, considérées comme une ode à la beauté ainsi qu’à la culture qui leur avait donnée vie (Barbier, 1995). Néanmoins, au fil des siècles, 6 de ces 7 Merveilles du monde Antique disparurent, ne laissant plus que l’unique possibilité d’admirer l’ultime survivante : la Pyramide de Khéops, en Égypte. Face à cela, ont été nommé au cours de l’année 2007, 7 nouvelles « Merveilles du Monde » des temps Modernes1, incluant le Taj Mahal.

Un patrimoine national aux valeurs universelles 

En 1983, le Taj Mahal, aussi appelé “Palais de la Couronne” en Perse, rejoint la liste du patrimoine mondiale de l’UNESCO. Cette dernière a pour ambition de préserver un monument aux valeurs universelles et uniques. Cette inscription va ainsi représenter un véritable enjeu économique pour le territoire indien, devenant un vecteur de visibilité internationale. Grâce à cela, le “monument de l’amour” comme le surnomme les locaux, voit sa notoriété franchir les frontières du pays. Il devient par la même occasion un véritable outil de développement territoriale, dynamisant de nombreux domaines annexes tels que le commerce, l’urbanisme, etc.

Cette visibilité internationale va s’accroître encore plus en 2007 avec l’organisation d’un vote prestigieux à l’échelle planétaire. En effet, la New Seven Wonder Foundation a soumis au vote du public une liste de 21 sites et bâtiments présents à travers les 5 continents. C’est ainsi que ce joyau Indo-Islamique fut érigé au rang de l’une des 7 merveilles du monde Moderne. Véritable symbole de richesse et d’ingéniosité, sa singularité repose sur la rencontre entre le style architectural ottoman, islamique, iranien et indien. Ce chef-d’œuvre se voit ainsi doté d’une puissance culturelle sans pareille, semblable à nul autre.

 

Une ode à l’amour éternel 

Le Taj Mahal se situe au sein de la ville d’Agra (dans l’État de l’Uttar Pradesh), au bord de la rivière Yumanâ, affluent du Gange. Ce dernier est considéré dans la religion hindoue comme le purificateur des âmes. C’est ainsi qu’entre 1632 et 1648, le mausolée fut construit sous les ordres de l’empereur Moghol, Shah Jahan, à la mémoire de celle que l’on surnommait la “Merveille du Palais”, Mumtâz Mahal. Elle fut sa troisième femme mais perdit la vie en mettant au monde son 14ᵉ enfant. Lui vouant un amour inconditionnel, il décida de lui construire une tombe où elle pourrait reposer en paix éternellement.

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Une merveille d’architecture aux innombrables symboles

Par la construction de ce monument d’exception, l’empereur Shah Jahan aspirait à faire du Taj Mahal la plus proche représentation du paradis sur Terre. C’est pourquoi, afin d’en faire le chef-d’œuvre architectural actuel, il vit les choses en grands : il fit appel à 9 des meilleurs architectes de l’époque, venu des 4 coins du monde et à plus de 20 000 ouvriers qui travaillèrent sur ce projet de grande envergure. Des matériaux provenant de toutes les régions de l’Inde et du reste du continent asiatique furent utilisés. Plus d’une vingtaine de pierres ornementales et fines vinrent composer le monument et y furent incrustées.

Vêtu entièrement de marbre blanc, il est le symbole de la lumière et des édifices de perles présentes au Paradis dans le Coran. Quel que soit le moment au cours de la journée, le monument se révèle comme une perle de lumière. De plus, la couleur blanche renvoie à l’amour pur que portait l’empereur à sa femme. Le complexe, d’une taille vertigineuse, est organisé en trois grandes parties : La première est la cour intérieure, appelée également Jilaukhana (« Porche de maison »). Elle est assimilable à une antichambre faisant allusion au passage entre le monde terrestre (la vie séculière) représenté par la ville et le Paradis sur terre (la vie spirituelle) évoqué par les jardins. Ces derniers, d’ailleurs, constituent la seconde grande partie du site.  Également appelés Chahar Bagh, ils représentent le Paradis, où là, y règne la perfection. Cette partie est divisée en 4 sous-parties, elles-mêmes segmentées en 4 autres par le même nombre de plans d’eau. Le chiffre 4 est omniprésent dans la conception architecturale du site : il fait allusion aux 4 rivières du Paradis évoquées dans la religion islamique. Pour finir, la troisième grande partie est celle qui revêt un aspect porté sur le sacré, se composant du mausolée blanc, de la mosquée ainsi que du pavillon destiné aux invités, appelé Jawab, réplique parfaite de la seconde.

À l’époque déjà, le Taj Mahal était d’une grande ambition, symbole d’une volonté de surpasser les merveilles du monde qui préexistaient avant sa construction. Son architecture, poussée à la perfection dans son exactitude et sa symétrie, contribua à le rendre célèbre au fil des siècles.

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Un atout au service du rayonnement culturel de l’Inde

L’acquisition du sceau de l’UNESCO a une véritable portée au niveau touristique et culturelle (Barbier, 1995). Aujourd’hui, les pays du monde entier, dont l’Inde, cherchent à préserver les manifestations visibles de leur héritage passé. Ainsi, ce label constitue un moyen de lutter contre la disparition de leur édifie au cours du temps. Lorsqu’un pays inscrit un monument sur cette liste, cela contribue à satisfaire à leur fierté nationale et devient un argument touristique de poids (Barbier 1995).  Aujourd’hui, la gestion du Taj Mahal est sous l’autorité de l’Archaeological Survey of India. Néanmoins, au vu de son inscription au sein de la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, l’Inde se doit de parvenir à atteindre un certain nombre d’objectifs définis par la commission. Ces derniers ont pour fin de protéger le monument qui fait dès lors partie intégrante du patrimoine mondial de l’humanité et non plus d’un seul et unique pays (Barbier, 1995).

Tous les moyens sont mis en œuvre afin de préserver ce monument. Des centaines de milliers de dollars ont ainsi été dépensés par l’Inde afin de procéder à sa protection et à sa préservation. Afin de rassembler les ressources nécessaires, le tourisme est systématiquement promu. Il va également avoir pour conséquence de dynamiser l’activité locale. C’est ainsi qu’en 2002, la première campagne touristique dite offensive « Incrédible India ! » fut développée afin d’établir toute une stratégie de marque autour de l’Inde (Goreau-Ponceaud, 2019). Ces campagnes sont un moyen pour le gouvernement Indien de véhiculer les représentations et les perceptions de ce patrimoine qu’est le Taj Mahal par la création de récits nationaux, approuvés par l’industrie du tourisme puis diffusés par les médias nationaux (Goreau-Ponceaud, 2019).

Chaque année, ce monument historique attire des millions de visiteurs, dont 90 % sont des touristes locaux. Rien qu’en 2019, c’est 10 millions de touristes qui sont venus admirer ce monument magistral. Le tourisme domestique est un véritable moteur du secteur touristique en Inde. Le Taj Mahal fait partie du “Triangle d’Or”, composé de la ville d’Agra, de Delhi et de Jaipur. Ce dernier est inclus dans la plupart des circuits touristiques proposés par les agences indiennes. Ici, sont valorisés le passé, la culture mystique et ancienne et la religion (Goreau-Ponceaud, 2019). Pour de nombreux auteurs, le tourisme culturel apparaît comme une solution pour “sauver le mode” au sens propre comme au figuré. De plus, il  offre à la communauté locale l’opportunité de contrôler son propre développement ainsi que de s’en approprier les nombreuses retombées (Marcotte & Bourdeau, 2010). Par conséquent,  la ville d’Agra voit aujourd’hui son économie se développer grâce au tourisme mais aussi à l’industrie, notamment le forgeage et la fonderie (Singh, Sharma, 2012).

Le Taj Mahal est devenu au fil du temps l’objet d’un marketing territorial, mettant en lumière son unicité architecturale ainsi que l’esthétisme des lieux. La reconnaissance de ce site au niveau national et international a ainsi favorisé l’accroissement de sa valeur au niveau économique mais également esthétique (Marcotte, Bourdeau, 2010).

Un monument sujet à de nombreuses menaces…

Le Taj Mahal a réussi l’exploit d’accélérer le rayonnement territorial de l’Inde aux niveaux national et international, notamment grâce au tourisme qui a généré de nombreux bénéfices économiques pour le pays. Toutefois, comme le disent les auteurs Marcotte et Bourdeau (2010),  “ce qui est bon pour le tourisme, est rarement bon pour la conservation et ce qui est bon pour la conservation, l’est rarement pour le tourisme.” Ainsi, voilà les enjeux auxquelles sont confrontés le pays : malgré un apport non négligeable à la société indienne, le Taj Mahal subit les contre-coups des politiques d’urbanisation et touristiques du pays, accélérant son déclin. Par conséquent, ce chef-d’œuvre de l’art Indo-Islamique est en proie à de nombreuses menaces telles que la pollution de l’air ou encore le tourisme de masse. 

La pollution

De nos jours, le monde est en proie à une crise environnementale sans précédent, causée par une pollution de l’air qui est due au développement fulgurant du processus d’industrialisation et d’urbanisation, du secteur automobile et à une croissance démographique et économique (Singh, R., & Sharma, B. S, 2011). Les Indiens sont fortement concernés par ce phénomène et subissent une détérioration de la qualité de leur air, provenant des aérosols, de l’automobile ou encore de l’industrie. (Singh, R., & Sharma, B. S, 2011). Ce phénomène a d’importantes conséquences sur les hommes, les végétaux, mais également les monuments comme le Taj Mahal qui n’est pas épargné. Depuis plusieurs années déjà, les marques de cette pollution sont de plus en plus visibles : on assiste à un jaunissement du marbre blanc, nécessitant une intervention des conservateurs qui appliquent fréquemment des couches de boues, favorisant l’absorption des impuretés. 

Le tourisme de masse

Le tourisme de masse a essentiellement pour conséquence de détériorer les monuments à fort taux de visites. Le Taj Mahal s’est ainsi vu envahir par des millions de visiteurs qui piétinent quotidiennement un sol inadapté à supporter une telle charge (Bastenier, 2006). Ce tourisme a également amené à folkloriser les identités ainsi qu’à commercialiser des traditions, qui sont pour la plupart factices, mais qui restent vendables à ces « envahisseurs » capables de payer (Bastenier, 2006). Malgré ces aspects très peu reluisants du tourisme, l’Inde aurait du mal à se passer d’une telle manne financière. Ce phénomène est une source de recettes vitales pour de nombreux pays du Sud, dont l’Inde. 

… Mais plus que jamais au cœur des préoccupations

Afin de prévenir le déclin du monument et d’en préserver son aspect originel, les autorités indiennes ont tenté de prendre des mesures.  Des normes anti-pollutions ont été ainsi imposées aux usines présentes au sein de la ville d’Agra. Toutefois, elles viennent se heurter aux problèmes économiques déjà existants. Le trafic routier se voit limiter à un périmètre de 500 m et une obligation est faite aux usines implantées dans un rayon de 20 kilomètres de passer au gaz naturel ou de fermer.

Une politique commerciale à également été menée afin de réduire le nombre de visites sur le site en pratiquant une tarification différenciée  selon la provenance du visiteur et en limitant les heures de visite. Ces décisions ont permis de limiter les dépassements de seuil de saturation du site touristique d’envergure qu’est le Taj Mahal. En effet, le nombre de touristes quotidien a diminué de près de la moitié passant de 70 000 à 40 000 visiteurs. Il est aujourd’hui également nécessaire de revêtir des chaussons au cours de la visite du mausolée  afin de conserver au mieux le site. 

Ce joyau de l’art Indo-Islamique a su laisser son empreinte dans l’histoire et marquer les esprits par ses prouesses architecturales fascinantes, sa beauté, son histoire mais également sa richesse culturelle, le rendant unique. Il a su conserver toute sa splendeur originelle à travers les siècles, ne subissant que peu les ravages du temps. Néanmoins, il est aujourd’hui sujet à de nombreuses menaces qui sont la conséquence de politiques contemporaines. Au regard des enjeux liés à la préservation de ce monument, l’Inde se doit de s’engager dans une logique de développement durable à l’image du Réseau des Grands Sites de France (RGSF).  

1 La Grande Muraille de Chine, Pétra en Jordanie, La Statue du Christ rédempteur à Rio de Janeiro, Le Machu Picchu, Le site archéologique de Chichén Itzá au Mexique, Le Colisée de Rome et le Taj Mahal.

Bibliographie

  • Barbier, B. (1995). Patrimoine, Patrimoine Mondial (UNESCO) et tourisme.
  • Bastenier, A. (2006). Le tourisme, utopie contemporaine. La revue nouvelle, (1-2), 17-21.
  • Goreau-Ponceaud, A. (2019). Colonialité et tourisme: la fabrique des identités et des altérités en Inde. Via. Tourism Review, (16).
  • Marcotte, P. & Bourdeau, L. (2010). La promotion des sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO : compatible avec le développement durable ?. Management & Avenir, 34(4), 270-288. doi:10.3917/mav.034.0270.
  • Singh, R. et Sharma, BS (2012). Composition, variation saisonnière et sources de PM 10 du site du patrimoine mondial Taj Mahal, Agra. Surveillance et évaluation de l’environnement , 184 (10), 5945-5956.